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La "passivité" de l'Etat sur les micro-logements dénoncée: "On vit un peu comme des animaux"

Les logements de moins de 9m2 sont interdits à la location.

Les logements de moins de 9m2 sont interdits à la location. - Stéphane de Sakutin - AFP

TÉMOIGNAGES - La Fondation Abbé Pierre est partie en chasse contre les micro-logements, ces pièces de moins de 9m2 illégalement louées. L'association dénonce la passivité de l'Etat à lutter contre les propriétaires. Sur RMC, des locataires de ces logements insalubres ont raconté vendredi le calvaire qu'ils vivent.

Les micro-logements mesurent moins de 9m2, la surface minimum d'un logement autorisé à la location. Pourtant, des propriétaires tirent profit de ces pièces qu'ils louent à des locataires qui n'ont souvent pas eu le choix. A Paris, la fondation Abbé Pierre a recensé 7.000 logements de ce type comme celui dans lequel vit Yvan Lopez. Ce Franco-Mexicain vit au septième étage d'un immeuble parisien près de la Sorbonne. Dans cette pièce unique, l'état des lieux est très rapide.

"Ici on a la douche, juste à côté des plaques de cuisine. On a un espace d'un mètre pour bouger et une petite place pour le lit. Ca fait 6,8 m2" résume Yvan qui paye chaque mois 370 euros pour y vivre.

Une surface bien en-dessous du minimum légal. Toilettes sur le palier, douche souvent bouchée, fenêtre mal isolée, en plus d'être petit, le logement d'Yvan est insalubre. Pourtant, il continue d'y vivre depuis 8 ans. Le locataire explique avoir déjà cherché à partir mais n'a pas trouvé de solution. "Je gagne le Smic, je suis d'origine étrangère donc je n'ai pas de garant", déplore-t-il. Une situation très difficile à vivre et qu'il subit au quotidien.

"On est un peu comme des animaux, on ne peut pas s'asseoir lire un bouquin, on ne peut pas faire la cuisine tranquillement sans que ça commence à sentir partout, c'est pas une vie", constate Yvan.

Des difficultés à faire interdire ces locations

La propriétaire qui n'a pas déclaré la location, n'a pour l'instant jamais été poursuivie. C'est ce que dénonce la fondation Abbé Pierre qui estime qu'il est de plus en plus difficile de lutter contre ces propriétaires hors-la-loi.

"Il y a une législation qui permet au préfet de prendre un arrêté préfectoral pour sanctionner le propriétaire et interdire la location de ce logement, un arrêté qui va ouvrir des droits aux occupants", explique Samuel Moucard, responsable de l'espace solidarité habitat de la fondation.

Cette mesure doit normalement conduire à un relogement de la personne mais les procédures semblent bloquées. "Il y a quelques années, on arrivait à les faire interdire sans difficulté. Or aujourd'hui ce n'est plus le cas, on a de plus en plus de difficultés à obtenir cet arrêté préfectoral", poursuit-il. 

"Je me suis battu pour obtenir un logement social"

Ce combat pour le relogement, Alexis, un auditeur de RMC s'y est confronté. Pendant un an et demi, il a vécu dans une maison de 11m2 près de Clermont-Ferrand pour 350 euros par mois. Une pièce en sous-sol dans laquelle toilettes et douche sont accolées au plan de travail de la cuisine, chambre sans chauffage, infiltrations, acariens, Alexis décrit lui aussi un logement insalubre qu'il a fini par réussir à quitter "au bout de 9 mois de combat".

"La plupart des procédures, c'est moi qui me suis principalement battu pour obtenir un logement social. Je n'ai pas eu le choix, il a bien fallu que j'attende avant de partir", se souvient-il. 

Car le mal-logement et en particulier le problème du micro-logement touche principalement les plus démunis "pris en otage" par des marchands de sommeil, juge Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. "Ils profitent de façon totalement indécente de la fragilité, de la cherté des prix du logement, de l'impossibilité de se loger. Payer 350 euros ou 400 euros pour 5m2, c'est hallucinant", constate-t-il. Pour lui, l'Etat a une responsabilité et doit faire "appliquer la loi" et s'engager à reloger ces locataires, comme la législation le prévoit. 

Carole Blanchard avec Romain Cluzel