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La peur d'Eric, homosexuel, harcelé en plein Paris: "Ce n'est plus possible de rentrer chez soi avec la boule au ventre "

Des insultes, des crachats, des coups. C’est l’enfer quotidien que subit un couple d'homosexuels du quartier de la Chapelle à Paris. Eric était l'invité de RMC.

C'est décidé: ils vont quitter Paris. "Et ce n'est pas que dans notre quartier que la situation est difficile à vivre. Vivre sa différence, c'est compliqué" confie Eric, sur RMC. Avec son compagnon, le couple homosexuel vit un enfer quotidien dans le quartier de la Chapelle, à Paris, où ils sont devenus la cible d’un groupe de jeunes qui a pris l’habitude de se réunir devant chez eux.

"On va vous cramer, sales pédés, tapettes" entendent-ils lorsqu’ils rentrent chez eux. Parfois, ce sont des menaces, des crachats. Plus grave aussi: une agression physique a valu 4 jours d’ITT à Eric.

Selon lui, la situation s’est dégradée depuis 2 ou 3 ans, mais c’est pire depuis quelques mois. Un soir, Fabrice sort acheter des cigarettes, il se fait voler sa caquette par le groupe de jeunes en bas de chez lui. Il essaie de la récupérer.

"C'est une bande de racailles, ce ne sont pas des gens qui sont dans le quartier, mais qui n'habitent pas forcément ici. On est observés depuis un un bout de temps parce qu'on gagne notre vie, on bosse et on s'achète des choses que les autres ont envie. Ca contribue à cette situation pénible et intolérable" confie-t-il à Jean-Jacques Bourdin. 

Depuis les choses se sont envenimées: des préservatifs usagés devant leur porte, des ordures déversées sur le pallier, des pots de yaourts lancés depuis la rue sur la terrasse, la serrure fracturée. "Ce n'est plus possible de rentrer chez soi avec la boule au ventre en se demandant si on a encore été cambriolé, si on a encore cassé la serrure de l'appartement. On est obligés de se barricader le week-end parce qu'on les entend dans la rue, défoncés" souffle-t-il.

Après avoir déposé 2 plaintes et alerté la mairie, le couple en a assez. Il envisage de quitter Paris pour s’installer à Toulouse.

"Nous sommes devenus une cible parce que nous sommes homosexuels. On ne se montre pas, mais on ne se cache pas non plus: on ne se donne pas la main, on ne s'embrasse dans la rue. Mais je pense que c'est visible. J'ai peur quand je sors. Je vais faire mes courses tôt le matin. Dès qu'il est 17-18h, il est préférable de ne pas sortir ou de ne pas rentrer chez soi. Et pourtant, nous sommes en plein coeur de Paris"...
Matthieu Rouault avec Xavier Allain