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"Le pouvoir de négociation est passé du côté du client": faut-il légaliser la prostitution?

Des travailleuses du sexe ont manifesté mercredi à Paris et Lyon, demandant la fin de la pénalisation du client. Ces derniers encourent 1.500 euros d'amende, alors que le délit de racolage a été abrogé.

Les prostituées veulent la fin de la verbalisation des clients. Lors de deux manifestations à Paris et Lyon, les travailleuses du sexe ont demandé l'abbrogation de la loi de 2016 qui a mis fin au délit de racolage des prostituées mais pénalise désormais d’une amende de 1.500 euros des clients.

Conséquence, les clients se font de plus en plus rare. Et les rapports sans préservatifs seraient de plus en plus nombreux.

"La prostitution est légalisée en France, il faut se déclarer en autoentrepreneur sinon les personnes peuvent être soumises à un redressement fiscal", rappelle ce jeudi sur RMC June Charlot, médiateur en santé et chargé de projet au sein de l’association Grisélidis, une association "de santé communautaire avec et pour les travailleuses et travailleurs du sexe".

"Le pouvoir de négociation est passé davantage du côté du client"

"C’est un travail légalisé dont toutes les conditions d’exercice sont rendues illégales et les clients pénalisés", déplore-t-il alertant sur les nouveaux dangers créés par la loi de 2016.

"On a été auditionné par le Sénat, on a fait une enquête auprès de 500 travailleuses du sexe qui montre bien que la pénalisation des clients a impacté en premier lieu les travailleuses du sexe. Le pouvoir de négociation est passé davantage du côté du client. Désormais, ils sont de plus en plus nombreux à demander des rapports sans préservatifs", ajoute June Charlot.

"Il y a une recrudescence extrêmement importante des maladies sexuellement transmissibles"

Un problème qui alerte le médecin Robert Sebbag: "Il n’y aucun contrôle ni chez les clients ni chez les prostituées. Or il y a une recrudescence extrêmement importante des maladies sexuellement transmissibles. Je vois à l’hôpital des cas de syphilis, des cas que je n’avais pas revu depuis mon internat. Les gens ne se protègent plus. Si on dépénalise, il y aura un contrôle social et aussi un contrôle médical".

Pour Julien Damon, il faudrait d’abord régulariser la situation des travailleuses sans-papiers. "Il faudrait déjà régulariser la situation des prostituées, qui sont souvent sans-papiers. Mais un jour, la prostitution sera remboursée par la Sécurité sociale", prédit-t-il .

Guillaume Dussourt