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Lyes, victime d'homophobie, a dû fuir la banlieue: "Crachats, insultes, j'ai vécu l'enfer"

Dimanche, plus d'un millier de personnes ont défilé à Saint-Denis pour la première "marche des fiertés en banlieue". Une initiative pour dénoncer l'homophobie dans les quartiers sensibles. Une homophobie dont Lyes, 23 ans, a été victime. RMC l'a rencontré.

La marche des fiertés de Saint-Denis a réuni plus d'un millier de personnes dimanche dans le centre-ville. Une première dans cette ville au nord de Paris. Une initiative afin de dénoncer les discriminations contre les personnes LGBT habitant dans les quartiers sensibles, et pour montrer qu’on peut afficher son identité sexuelle, même en banlieue.

Il s'agissait aussi de prouver que la banlieue est aussi un lieu de militantisme, et pas une "zone de non droit", montrer qu'il n'est "pas plus compliqué d'être LGBT à Saint-Denis qu'à Paris".

"Ce n'était plus supportable"

RMC a rencontré Lyes. Ce jeune homme de 23 ans a quitté la banlieue pour Paris après avoir subi un calvaire en raison de son homophobie.

"Je peux être moi-même ici dans le 15e arrondissement de Paris. Ça va beaucoup mieux. Avant, malheureusement, j'ai vécu vraiment l'enfer. J'étais vraiment dans une zone anti-LGBT. C'était des jeunes qui m'insultaient, avec le bouche à oreille, ça s'est propagé dans les autres quartiers. Quand ils me voyaient, c'était: 'espèce de sale pédé, sale gay', 'pourquoi tu passes par là?'. Je n'avais pas le droit de passer dans certains endroits. C'était des crachats dans la figure, agression sur agression. Ce n'était plus supportable. Je n'avais pas du tout de soutien de ma famille, au contraire, c'était les injures homophobes de ma mère: 'J'aurais su, j'aurais avorté'. Ma sœur: 'J'aurais préféré que mon frère soit un pédophile qu'un homo. Tu nous salis'. Ma grand-mère aussi: 'Tu nous salis, tu salis notre nom de famille. Tu n'es pas un homme'. Vraiment, ils m'ont montré le dégoût qu'ils ressentaient. Ils m'ont même ramené un 'taleb', un exorciste musulman, qui me récitait des versets", a-t-il raconté au micro de RMC.

"Je n'étais en sécurité nulle part. Ce sont des facteurs religieux, culturels, l'éducation. Aujourd'hui, oui, je suis traumatisé, j'ai des traumatismes à cause de toutes ces agressions-là. Je suis sous anxiolytiques, je fais une psychothérapie, ça laisse un goût d'amertume, parce que je n'avais pas à fuir de là-bas. C'était aux homophobes de fuir. C'est pour ça que je milite, je fais des initiatives dans les quartiers populaires en banlieue, parce que je sais qu'il y en a d'autres comme moi en banlieue et qui se cachent encore", a-t-il aussi expliqué.

Alice Froussard et Juliette Pietrasweski avec Paulina Benavente