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"On a eu 15 minutes pour regrouper nos affaires et on ne nous a rien proposé": malgré les promesses du gouvernement, les expulsés restent sans solution

Un quart des personnes expulsées cet été l'ont été sans solution de relogement. Le gouvernement avait pourtant donné consigne aux préfets de ralentir les expulsions de familles sans solution.

Aurélie s'en souviendra toute sa vie. Un huissier, un serrurier, un commissaire de police toquent à la porte de son appartement de Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne, où elle vit avec sa mère et son petit frère: "On avait 15 minutes pour regrouper quelques affaires et partir avec. Au moment où on est sortis du domicile, on ne nous a rien proposé", explique-t-elle à RMC.

Comme eux, 6600 foyers ont été expulsés cette année, alors que la trêve hivernale arrive. Un quart des personnes expulsées cet été l'ont été sans solution de relogement. Le gouvernement avait pourtant donné la consigne aux préfets de ralentir les expulsions de familles sans solution. Contacté par RMC, le ministère du logement reconnait qu'il y a eu des ratés malgré les efforts qui ont été faits. 

En attendant un relogement, la famille d'Aurélie dort où elle le peut. À l'hôtel, chez des amis et parfois même dans la voiture. Ces prochains jours, Brigitte, la maman, dormira par terre dans le salon de sa sœur: "Je ne peux pas rester longtemps chez elle. Personne ne nous a aidés, mon fils à même pensé à se suicider. Il a pourtant eu son bac avec mention mais il ne va pas à l'école aujourd'hui".

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"Je me sens sale"

La plupart du temps, la famille est séparée. Bruno, le fils cadet vit chez un ami à 10mn en voiture. Déscolarisé depuis un mois, il reste traumatisé par le vide, le manque de solutions offerts à sa famille: "C'est comme si on m'avait enlevé une partie de ma vie. Il n'y aucune possibilité de relogement, je me sens sale".

Une procédure d'expulsion prend en moyenne un an et demi. Bien assez de temps pour trouver des solutions de relogement rappelle Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre: "Si par exemple le logement est trop grand ou trop cher pour la famille, il faut les aider à trouver une solution avec un maximum d'accompagnement pour éviter une catastrophe sociale".

Comme après la crise économique de 2008, il craint une explosion des demandes d'expulsions à la fin de la trêve hivernale en mars 2022. Cette année, la trêve hivernale pendant laquelle l'expulsion des locataires est impossible avait été prolongée d'un mois à la fin de l'hiver.

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Maryline Ottmann (avec Guillaume Dussourt)