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Parler politique aux enfants: "les parents ne sont pas obligés de dire pour qui ils votent"

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- - GUILLAUME HORCAJUELO / POOL / AFP

À moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle et alors que se déroule ce mardi soir le grand débat entre les onze candidats sur RMC et BFMTV, Sophie Lamoureux, auteure de La politique à petits pas (Actes Sud junior), donne quelques conseils pour aborder la politique avec les enfants.

Sophie Lamoureux, ancienne journaliste et auteure de La politique à petits pas (Actes Sud junior):

"Les parents étant les grands modèles des enfants, ceux-ci s'intéressent à la politique si les parents s'y intéressent. Plus précisément, leur curiosité est entretenue si celle des parents est éveillée. Mais l'intérêt pour la politique se fait aussi par le biais de l'école, des copains qui en parlent. C'est aussi souvent en regardant la télévision que la politique devient un sujet de préoccupation pour les enfants. C'est en regardant des reportages ou des journaux télévisés que les enfants vont poser leurs premières questions sur ce sujet.

"En famille, la politique n'est pas taboue"

Surtout en cette période électorale, en cette période présidentielle qui est quand même le grand temps fort de la vie politique française. On en parle énormément dans les médias donc automatiquement les enfants se posent beaucoup de questions. Mais tout dépend de l'âge. Quand ils sont très jeunes, ils s'intéressent à la politique en général, c’est-à-dire la façon d'organiser notre société tous ensemble. Assez tôt, dès 5 ans, les enfants ont des grandes questions philosophiques comme 'Pourquoi y-a-t-il des riches et des pauvres?' ou 'Pourquoi l'école est en grève aujourd'hui?' Tout l'extérieur ramène à la politique donc forcément, à un moment ou un autre, l'enfant se met à poser des questions.

Ensuite, son intérêt est maintenu ou non par la réception qu'en font les parents. S'ils prennent le temps de lui répondre, d'expliquer, cela suscitera de nouvelles questions et donc un intérêt grandissant. De manière générale, en famille, la politique n'est pas taboue mais certains sujets, lois ou idéologies, peuvent le demeurer. Par exemple, on voit que le Front national est à 25-30% des intentions de votes. Pourtant, dans certains milieux, c'est toujours aussi mal vu de dire que l'on va voter pour ce parti. Donc certaines familles qui votent FN ne vont peut-être pas avoir envie d'en parler à leurs enfants pour éviter que ça ne se sache. Mais ce tabou est un peu le reflet de l'état de la liberté d'expression dans le pays.

"Il faut les éduquer politiquement"

Pour éviter que les enfants ne s'enferment dans les mêmes choix politiques que leurs parents, il faut que ceux-ci acceptent la discussion. Quand l'enfant a une opinion, il faut chercher pourquoi il pense comme ça. Car le premier vote d'un enfant est souvent soit le même, soit l'opposé total de celui de ses parents. Après, les parents ne sont pas obligés de dire pour qui ils votent et tout de même faire l'effort d'expliquer aux enfants ce que l'on croit être juste de manière générale. Que tel candidat corresponde plus, expliquer pourquoi les autres pensent différemment. Il ne faut jamais éviter les questions des enfants et toujours y répondre car ils ne deviennent pas citoyens à 18 ans, au moment de voter pour la première fois, mais avant. Il faut donc les éduquer politiquement. Toutes les questions méritent d'être posées et d'être débattues.

On sait qu'à 18 ans on a tendance à voter pour des partis un peu révolutionnaires ou extrêmes, parce qu'on est dans la passion, dans l'exaltation. Donc, il vaut mieux essayer d'accompagner son enfant vers la réflexion que de le laisser partir dans des voies 'marginales'. Pour autant, il faut que l'enfant conserve son libre arbitre. Il faut pouvoir montrer et expliquer les avantages et les inconvénients de chacune des positions."

Propos recueillis par Maxime Ricard