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Pas évident d'enfermer des gens qui n'ont pas commis d'autre crime que de traverser la Méditerranée

François Gemenne, chercheur à l'université de Liège et spécialiste des questions migratoires, assure que l'accord trouvé cette nuit entre les dirigeants de l'UE est "important", mais que de nombreuses questions restent en suspens, notamment sur les "centre fermés".

Les dirigeants de l'Union européenne ont finalement trouvé un accord surprise concernant la crise migratoire tard dans la nuit de jeudi à vendredi. Des centres fermés pourront être créés partout en Europe, et les réfugiés et migrants pourront ainsi être accueillis pas seulement dans les pays Méditerranéens mais partout dans l'UE, sur la base du volontariat. 

Un volontariat qualifié de "bon sens" par la ministre chargées des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, mais qui pose question: qui va réellement joindre les mots aux actes ? Il reste que cet accord trouvé cette nuit fait avancer les choses sur de nombreux points selon François Gemenne, chercheur à l'université de Liège et spécialiste des questions migratoires.

"C’est un accord important car il casse la logique de Dublin, il casse un peu le jeu de ping-pong auquel se livraient jusqu'ici le gouvernement européen sur le dos des migrants et qu’il va dans le sens d’une plus grande coopération. Il n’était pas garanti du tout que ce soit cette approche là qui domine. Quelque part Emmanuel Macron a réussi à avoir gain de cause sur cet aspect."

"Les conditions d’enfermement seront scrutées avec attention par rapport au respect du droit international"

L’accord "va dans le sens" d’une logique européenne de gestion de ce dossier, et "c’est ce qui faisait défaut jusqu'ici", selon le chercheur. L’Europe n’était en effet pas capable d’avoir une politique commune en matière d’asile et d’immigration. Il reste toutefois de très nombreuses questions en suspens quant à la manière dont vont fonctionner ces centres d’accueil.

"Est-ce que ce sera plutôt des camps de réfugiés ? Des centres d’accueil ? Plutôt des prisons ? Et surtout, quelle sera leur légalité ? Ce n’est pas évident d’enfermer d’emblée des gens qui n’ont pas commis d’autre crime que de traverser la Méditerranée. Les conditions d’enfermement seront donc scrutées avec attention par rapport au respect du droit international."

La question de l'ouverture de centres hors des frontières de l'Union européenne pose également question. Ca paraît "très compliqué" pour François Gemenne, et la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau, également invitée de Bourdin direct ce vendredi, est venue préciser cette avancée.

"C'est à condition que les pays tiers soient volontaires. Nous le faisons au Liban en Jordanie, en Turquie et au Niger, nous examinons les dossiers des demandeurs d'asile potentiels, et s'ils sont en besoin de protection on les installe directement dans l'UE. On leur évite la traversée pour détruire le modèle économique des trafiquants d'êtres humains. On encourage les pays européens à faire la même chose".
J.A. avec Bourdin direct