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Pénurie de main d'œuvre: les crèches pourront recruter sans diplôme, colère d'une partie du secteur

Un arrêté ministériel, publié le 4 août, autorise les crèches à recruter une personne par établissement, sans diplôme, pour faire face à la pénurie de main-d'oeuvre. Une partie des professionnels sont vent debout contre cette mesure et dénoncent l'inaction de l'État face à leurs alertes depuis des années.

Près de la moitié des crèches françaises déclarent un manque de personnel auprès des enfants, selon une enquête réalisée par la Cnaf (caisse nationale des allocations familiales), publiée début juillet. Pour pallier cette pénurie, un arrêté ministériel, qui entrera en vigueur à la fin du mois, permettra aux crèches de recruter des personnes qui n'ont pas de diplôme dans la petite enfance.

120h pour être formés

Une décision qui suscite l'inquiétude voire l'indignation chez une partie des professionnels du secteur. "Il va falloir se rendre compte que s’occuper des enfants des autres c’est un vrai métier", note Cyrille Godfroy, co-secrétaire général du syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE).

"Quand vous êtes trois ou quatre professionnels pour vous occuper de 15 bébés de moins d’un an, je ne suis pas sûr que tout le monde soit prêt à faire ça du jour au lendemain sans qualification", ajoute-t-il.

Ces nouveaux recrutés devront quand même bénéficier "d'un parcours d'intégration, pendant leurs premières cent vingt heures d'exercice professionnel". C'est-à-dire, qu'ils auront un accompagnement de la pratique professionnelle auprès de jeunes enfants, supervisé par un responsable de la structure. Auront-ils le temps ?

Risque d'épuisement des équipes

"On va demander à des équipes de professionnels déjà en sous-effectifs de devenir des formateurs ou formatrices pour des personnes qui n’y connaissent rien", déplore Émilie Philippe, éducatrice spécialisée en petite enfance et porte-parole du collectif 'Pas de bébés à la consigne'. Nous on s’oppose à cela parce que c’est le risque, en structure, d’un épuisement des équipes."

120 h c'est le nombre d'heures de formation pour les assistantes maternelles. Dans les crèches, un "éducateur de jeunes enfants, c’est un travailleur social de Bac+3, c’est, aujourd'hui, la formation reconnue la plus complète pour travailler auprès des enfants", selon Émilie Philippe.

"La solution raisonnable pour nous est de fermer des places quand il n’y a pas les professionnels pour accueillir les enfants. Cette situation n’est pas nouvelle, ça fait depuis 13 ans qu’on existe et qu’on alerte", ajoute la porte-parole du collectif 'Pas de bébés à la consigne'.

"Ça ne réglera pas du tout le problème de pénurie"

Une situation qui amène de l'inquiétude pour les parents ? Françoise Brenienek, animatrice au sein de la maison des 1.000 jours, qui vient en aide aux parents, estime que "les personnes non qualifiées vont avoir du mal à répondre aux angoisses des parents". Quand ces derniers mettent leurs enfants dans une crèche, "ils ont à coeur d’être écoutés, bien pris en charge et accompagnés. C’est vrai que ça demande quand même une formation pour l’écoute et l’accueil".

Pour Elsa Hervy, déléguée générale de la fédération française des entreprises de crèche, cet arrêté ne "réglera pas du tout le problème de pénurie, il sécurise juste des procédures aujourd’hui faites de manière exceptionnelle en posant des règles nationales”. Elle conclut: "On ne va pas remplacer tous les professionnels de la petite enfance par des gens non-diplômés".

La rédaction de RMC