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Pourquoi le gouvernement veut supprimer l'Observatoire de la laïcité

LOUIS VA PLUS LOIN - Le gouvernement veut supprimer l’Observatoire de la laïcité. C’est la ministre de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, qui l’a annoncé.

Cela faisait plusieurs semaines que l’Observatoire était en sursis, plusieurs semaines que le gouvernement menaçait de le dissoudre, plusieurs semaines que deux conceptions de la laïcité s’opposaient frontalement.

Cette commission a été fondée en 2007 par Jacques Chirac, et est placée sous l’autorité du Premier ministre mais indépendante. Elle est chargée de conseiller le gouvernement sur le respect et la promotion de la loi de 1905, composée d’élus locaux, d’historiens, de spécialistes des religions et dirigée par deux hommes : Jean-Louis Bianco, ancien collaborateur de François Mitterrand et Ségolène Royal, et Nicolas Cadène, lui aussi bien connu des cénacles socialistes.

Leur mandat devait s’achever ce début avril, et ils ne seront donc pas reconduits. Marlène Schiappa affirme qu’une nouvelle structure remplacera cet observatoire, mais on ne sait ni qui, ni quoi, ni comment, ni quand…

Pourquoi l’avoir supprimé ?

Parce que l’exécutif et l’Observatoire n’ont pas du tout la même idée de la laïcité. D’un côté une fermeté revendiquée, de l’autre l’espoir d’un apaisement. D’ailleurs Matignon ne prend même pas la peine de le cacher: "La volonté du Premier ministre est de renouveler cette instance afin qu’elle soit davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes".

De fait, ces dernières années, les prises de position de ce conseil ont fait débat : contre les arrêtés anti Burkini qui "renforcent la stigmatisation des musulmans", avait dit Nicolas Cadène, ou en prenant la défense de la vice-présidente de l’UNEF qui s’était présentée voilée à l’Assemblée nationale.

Rien, dans la loi de 1905, n’interdit ces pratiques, disait l’Observatoire, partisan d’une laïcité inclusive. Autant d’éléments qui vont à l’encontre de l’approche défendue par le gouvernement dans la loi séparatisme débattue en ce moment à l’Assemblée.

Enfin, il y a un autre grief, vieux de cinq ans et demi. Juste après les attentats de 2015, Jean-Louis Bianco signe une tribune intitulée "Nous sommes unis". Parmi les autres signataires, on trouve des groupes réputés proches des Frères Musulmans et le CCIF, une association aujourd’hui dissoute parce qu’elle est suspectée d’avoir joué un rôle dans l’assassinat de Samuel Paty.

Cela avait déclenché la colère du Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, qui voulait déjà s’attaquer à l’Observatoire avant d’en être empêché par François Hollande.

Louis Amar (avec J.A.)