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Radicalisation: "Le religieux a pris la place des éducateurs et des travailleurs sociaux"

Nadia Remadna a fondé la Brigade des mères pour lutter contre les phénomènes de radicalisation.

Nadia Remadna a fondé la Brigade des mères pour lutter contre les phénomènes de radicalisation. - -

Nadia Remadna, fondatrice de la Brigade des mères milite avec son association contre les phénomènes de radicalisation dans les quartiers. Invitée des Grandes Gueules ce lundi elle impute notamment cette radicalisation à la présence de religieux auprès des jeunes et au laisser-faire des responsables politiques locaux.

Nadia Remadna a fait de la lutte contre la radicalisation son combat. Avec la Brigade des mères, son association fondée en 2014, elle appelle à la mobilisation pour lutter contre ce phénomène qu'elle a observé en Seine-Saint-Denis, où elle est travailleuse sociale.

Cette radicalisation de jeunes s'est encore illustrée ce week-end avec l'arrestation à la frontière turque de Mourad Hamyd, le beau-frère de Chérif Kouachi, l'un des terroristes des attentats de janvier 2015. Fiché S, il est soupçonné d'avoir voulu rallier la Syrie. Au lendemain des attentats, il avait dénoncé l'acte des frères Kouachi. Pour Nadia Remadna, son parcours qui semble montrer une radicalisation n'est pas surprenant.

"On ne se lève pas un matin en décidant d'aller en Syrie, ce n'est pas vrai. Il y a un 'travail' qui se fait à côté, on est tenté, on se cherche une place", explique-t-elle aux Grandes Gueules. 

"On ne forme pas à la radicalisation"

Les phénomènes de radicalisation ne sont pas cachés, "on voit la radicalisation" poursuit Nadia Remadna. Mais pour elle, dans les quartiers, les éducateurs ne sont pas formés pour réagir à ces situations.

"Quand vous faites une formation d'éducateur, on ne forme pas à la radicalisation. On nous forme en tant que travailleurs sociaux à faire barrière, à faire des rapports (...) Aujourd'hui le religieux a pris la place des éducateurs et des travailleurs sociaux", estime-t-elle.

Des éducateurs qui selon elle entrent parfois dans le jeu de victimisation de ces jeunes. "C'est dangereux la victimisation. Tant que vous dites à la personne vous vous rendez compte, ils se sentent exclus, on les a mis tous ensemble dans un HLM, ce qui fait que ça justifie l'acte", poursuit Nadia Remadna. Une victimisation également soutenue par des politiques locaux qui laissent faire "par intérêt électoral", ajoute-t-elle encore. A Sevran où est basée son association, Nadia Remadna est en conflit ouvert avec le maire Stéphane Gatignon qu'elle accuse d'avoir laissé agir des recruteurs sur la commune.

"Monsieur Gatignon nous tape dessus en disant qu'on est des empêcheuses de tourner en rond et que je suis en train de salir la ville de Sevran (...). Nous demandons à ce que les lois de la république soient respectées", réclame-t-elle.

Alors que le Premier ministre a appelé à "rebâtir" un islam de France, Nadia Remadna s'inscrit en faux contre cette proposition. "Ca veut dire quoi un islam français? Ou tu es musulman ou tu ne l'es pas (...). La France est un pays laïc, on n'a pas à faire un islam de France. On fait en sorte qu'on ait des citoyens et basta!"

C. B avec les Grandes Gueules