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Regroupement familial: un collectif de 50 familles dénonce des délais bien trop longs dans l’Essonne

Des familles de l’Essonne déchirées par les procédures de regroupement familial ont contacté RMC pour tenter de débloquer des situations qui s'enlisent.

Karim est Tunisien. C’est en Tunisie qu’il obtient son diplôme, rencontre sa femme, devient papa d’une petite fille. En 2018, il décroche le poste de ses rêves, sauf qu’il est basé à Paris. Karim part seul s’installer en France car sa femme et sa fille n’ont pas le droit de le suivre. Il met alors tout en œuvre pour faire une demande de regroupement familial.

Dès lors qu’il réunit toutes les conditions, il dépose son dossier. On est alors en février 2021. Mais depuis il attend. Cela fait plus de deux ans que l’administration française ne donne pas suite, et qu’il est obligé de voir sa fille de 5 ans grandir à travers l’écran de son téléphone.

"Mon quotidien c'est d'appeler ma fille sur le téléphone le matin, et le soir. Mais je suis triste, je suis seul. Je suis allé à Tunis juste parce qu'elle m'a dit que je lui manquais, j'avais les larmes aux yeux. Ne pas voir ma fille grandir, c'est ça qui me manque", explique-t-il.

Karim n’est pas du tout le seul dans cette situation. Dans son département, l’Essonne, les délais sont particulièrement longs. Certains attendent depuis 4 ans !

La situation est tellement dramatique qu’une cinquantaine de familles, toutes nationalités confondues, ont décidé de créer un collectif. A sa tête Halim, qui attend pour retrouver sa femme et ses deux enfants depuis deux ans et demi.

"Peut-être qu'ensemble on va réussir à faire entendre notre voix. On sait très bien qu'il y a des démarches à respecter, mais aujourd'hui on est dans un désarroi total. On est accroché tous les jours à nos boîtes aux lettres, avec attente mais aussi hantise d'avoir un refus", témoigne-t-il.

Pourquoi ça prend autant de temps ?

En fait, la demande de regroupement familial se fait en deux temps. L’Ofii, l’Office français de l'immigration et de l'intégration, reçoit la demande, vérifie qu’elle est recevable. Cela prend déjà un certain temps.

Ensuite, tout passe dans les mains de la préfecture. Et c’est là que ça coince dans l'Essonne. Le préfet doit légalement donner sa réponse en 6 mois. Sauf que nous avons vérifié. Nous avons pris toutes les données de la cinquantaine de familles du collectif et sorti nos calculatrices. En moyenne, à la préfecture de l’Essonne, les dossiers sont bloqués depuis 11 mois. A titre de comparaison, Lille répond en deux mois, à Lyon tout se fait en 8 mois.

Comment la préfecture de l'Essonne se défend?

La préfecture de l'Essonne se défend et met tout sur le dos de l’Ofii et du Covid. Dans son enquête, l’Ofii doit vérifier le logement des demandeurs de regroupement familial. Mais avec le Covid toutes les visites étaient en pause. Et n’ont pu reprendre qu’à la sortie de la crise sanitaire.

Effet d’engorgement oblige, l’Ofii a pris du retard, et la préfecture aussi. Pourquoi l’Essonne a été touchée plus que les autres, alors que le coronavirus a paralysé toute la France ? La préfecture ne l’explique pas.

Elle nous promet que "des efforts de réorganisation" ont été menés, sans vouloir nous donner les détails. Ils espèrent un retour à la normale dans les prochains mois.

Nous vérifierons bien sûr, et nous ne lâcherons pas Karim et Halim, tant qu’ils n’auront pas de nouvelles de leur demande de regroupement familial.

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Joanna Chabas (édité par J.A.)