RMC

Agnès Buzyn devant la justice pour sa gestion de la pandémie: que risque l'ancienne ministre de la Santé?

Barbara Lefebvre

Barbara Lefebvre - RMC

L'ancienne ministre de la santé risque une mise en examen pour "mise en danger de la vie d’autrui" dans le cadre de l'enquête sur la gestion gouvernementale de la crise sanitaire.

Vers une première mise en examen pour la gestion gouvernementale de l'épidémie de Covid-19? L'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn est convoquée vendredi à 9h à la Cour de justice de la République (CJR) qui enquête sur la question depuis juillet 2020.

Interrogée ce vendredi matin par trois juges de la Cour de justice de la République, l'ancienne ministre de la Santé pourrait alors être mise en examen ou placée sous le statut plus favorable de témoin assisté. 

Cette convocation se fait dans le cadre de l’enquête ouverte en juillet 2020 contre plusieurs ministres pour leur gestion de la crise du Covid-19. Et Agnès Buzyn est la première membre ou ex-membre du gouvernement a être convoquée par la justice pour être interrogée sur la gestion gouvernementale de l'épidémie de Covid-19.

"Les risques de propagation du coronavirus dans la population sont très faibles"

La Cour de justice de la République veut notamment examiner les contradictions de l'ancienne ministre de la Santé.

Au tout début 2020, Mme Buzyn occupait un rôle central, à la tête du ministère de la Santé (mai 2017 - février 2020). Alors que le monde commençait à prendre peur suite aux informations alarmantes venant de Wuhan, en Chine, celle qui est hématologue de formation avait pris la parole à l'Élysée le 24 janvier 2020 pour dire: "les risques de propagation du coronavirus dans la population sont très faibles". Avant de préciser que cette analyse pouvait "évoluer".

En février 2020, lorsqu’elle quitte le gouvernement elle affirmait que le Covid-19 était “un tsunami et que la vague était devant nous” alors qu’un mois plus tôt elle déclarait en tant que ministre, que les risques de propagation du virus étaient “très faibles".

"14.500" plaintes

L’enquête est ouverte pour la seule infraction “d'abstention de combattre un sinistre”, mais les magistrats pourraient ajouter d'autres chefs d’accusation. Certaines plaintes accusent notamment la ministre de "violence involontaire". Mais il n'y a rien d'automatique: présumée innocente, Agnès Buzyn pourrait très bien ressortir de la Cour de Justice de la République sous le statut de témoin assisté.

Depuis, quelque "14.500" selon le procureur général près la Cour de cassation François Molins, mercredi. Manque d'équipements de protection pour les soignants et pour la population, errements sur la nécessité ou non de porter des masques, etc.: neuf de ces plaintes ont été jugées recevables par la commission des requêtes de la CJR, qui fait office de filtre, et ont permis l'ouverture d'une enquête en juillet 2020. 

La mise en cause de Mme Buzyn serait la première dans ce vaste dossier consacré à la manière - critiquée, encore aujourd'hui - dont les autorités françaises ont anticipé puis géré quotidiennement l'épidémie de coronavirus qui a fait au moins 115.000 morts dans le pays, selon Santé publique France. 

Toujours est-il que ce dossier a de quoi tétaniser les responsables politiques, avec en toile de fond, la menace d'autres convocations: pour Olivier Véran, le ministre de la Santé, ou pour Edouard Philippe, l'ancien Premier ministre, notamment. Ce vendredi matin, l'Exécutif s'inquiète d'ailleurs d'une "judiciarisation" de la vie politique, alors que la gestion de la crise du COVID risque de percuter la campagne présidentielle. 

>> A LIRE AUSSI - Meurthe-et-Moselle: il oublie son masque dans la maison qu'il vient de cambrioler 

Maxime Brandstaetter (avec Guillaume Dussourt)