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Agression d'une médecin à Châtellerault: "On ne respecte plus la profession"

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TEMOIGNAGE - Ce vendredi, à la maison médicale Clément-Krebs de Châtellerault, le Dr Corinne Joyeux a été frappée au visage par un homme venu avec sa femme pour faire examiner leur bébé de cinq mois. Une agression qui provoque la colère des professionnels qui ont décidé d'une journée "Santé morte" le 22 novembre prochain.

Philippe Boutin, médecin généraliste à Poitiers, vice-président de l'Union régionale des professionnels de santé d'Aquitaine, va relayer la journée "Santé morte" dans le département de la Vienne:

"L'émotion suite à cette agression est énorme au niveau de la ville de Châtellerault, mais aussi dans tout le Poitou-Charentes et de la Vienne. Dans la profession, nous ne sommes pas surpris parce que depuis deux-trois mois il y a une montée des incivilités. Nous nous attendions à avoir ce type de problème, peut-être pas aussi violent, aussi brutal. Mais nous ne sommes vraiment pas surpris parce que quotidiennement nous faisons face à ce type de manifestation.

Nous sommes confrontés à des retards, des agressions verbales, des impolitesses vis-à-vis du personnel, des gens vindicatifs, qui veulent tout, tout de suite, qui arrivent aux rendez-vous sans leurs papiers, sans leur carte Vitale et qui veulent être pris tout de suite. On ne respecte plus le médecin. Et malheureusement, cela fait déjà assez longtemps. On a exactement les mêmes problèmes que les proviseurs, les professeurs ou les policiers sauf que l'on a une trentaine de patients tous les jours et que ça devient donc compliqué.

"Prendre le problème à bras-le-corps"

Je crois que les politiques ne s'en rendent pas compte. Quand ils parlent de mettre un médecin dans chaque zone sous-dense, ils ne se rendent vraiment pas compte de la réalité du terrain. La déconnexion du monde politique par rapport à la réalité et à la société va au-delà du problème des pains au chocolat. Il faut donc marquer le coup par une journée de santé morte pour bien montrer à la population que nous avons besoin de respect. Nous sommes au service des patients, nous assurons des gardes, la nuit mais il est hors de question de continuer à faire ce métier-là dans des conditions si difficiles.

A Châtellerault, c'est une femme qui a été agressée et si l'on veut que, dans une population médicale de plus en plus féminine, assurer une démographie médicale correcte, il va falloir prendre le problème à bras-le-corps. Sinon, nous n'aurons plus de médecin. Dès lors, une journée santé morte, c'est une absence de réponse ambulatoire, une absence de réponse libérale sur le terrain: pas de généralistes, pas de spécialistes, pas de radiologues, de biologistes. Seules les urgences seront ouvertes. Une telle mobilisation pour faire un électrochoc au niveau de la population, pour montrer à quel point il est important qu'il y ait du respect, qu'on ne soit pas en conflit permanent".

M.R avec Marion Dubreuil