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Antibiotiques pour "guérir" l'autisme: le procureur de la République saisi par l'Agence du médicament

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Selon une association, une cinquantaine de médecins seraient concernés.

Des "traitements" font parfois leurs apparitions sans aucun fondement sérieux. L'Agence du médicament (ANSM) a annoncé avoir saisi le procureur de la République pour lui signaler le cas de médecins prescrivant à des enfants autistes des antibiotiques ou des substances censées éliminer les métaux lourds.

"Alertée sur la prescription par certains médecins de médicaments en dehors de leurs autorisations de mise sur le marché pour traiter des enfants atteints d'autisme", l'ANSM "déconseille formellement ces utilisations pour lesquelles ces médicaments n'ont fait aucune preuve de leur efficacité et qui exposent ces enfants à des risques, en particulier lors d'une utilisation prolongée", précise-t-elle dans un communiqué.

Les pratiques incriminées concernent la prescription "sur de longues durées (plusieurs mois)" de "médicaments anti-infectieux" (antibiotiques, antifongiques, antiparasitaires, antiviraux) et de "chélateurs de métaux lourds", des substances censées éliminer les métaux lourds de l'organisme, dont l'utilisation n'est recommandée qu'en cas d'intoxication avérée, détaille l'Agence nationale de sécurité du médicament.

Le controversé Pr Luc Montagnier

Fin mai, le Conseil national de l'ordre des pharmaciens (CNOP) avait déjà relayé auprès de ses membres un courrier de l'ANSM mettant en garde "sur des pratiques de prescriptions hors autorisation de mise sur le marché dans l'autisme" et qui rappelait les règles de dispensation des médicaments dans les pharmacies.

Selon Olivia Cattan, présidente de l'association SOS Autisme, une cinquantaine de médecins seraient concernés, dans la mouvance de l'association Chronimed, fondée par le controversé Pr Luc Montagnier, et auraient traité quelque 5.000 enfants depuis 2012.

Cette année-là, Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour avoir participé à la découverte du virus du sida, défendait l'idée d'une "piste infectieuse" pour expliquer l'autisme. Il affirmait, vidéos à l'appui, que les antibiotiques pouvaient améliorer l'état de la majorité des enfants concernés, provoquant une prise de distance immédiate de l'Académie nationale de médecine, qui hébergeait sa conférence. 

Depuis, le professeur a provoqué une vive polémique en pleine crise du coronavirus: selon une théorie avancée par le professeur français, le nouveau coronavirus serait issu d'un accident de laboratoire. Une hypothèse vivement contestée par la communauté scientifique, dont Robert Sebbag sur l'antenne de RMC.

La rédaction de RMC (avec AFP)