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"C'est déjà demain": automobile, coup de frein sur l'innovation

Emmanuel Macron doit annoncer mardi après-midi un plan de soutien pour la filière automobile durement touchée par l’épidémie. Parmi les conséquences de la crise, l’innovation en prend un coup.

Pour ceux qui comme moi détestent conduire, c’est un beau rêve qui s’éloigne au moins temporairement. 2020 devait être l’année de la voiture autonome. C’est raté. 

D’abord, les tests ont dû s’arrêter le temps de l’épidémie, et surtout, à l’heure du Covid, la priorité n’est plus à parler de voitures sans conducteur ou de voitures volantes, qui sont probablement l’avenir, mais dont le développement coûte très cher. Les constructeurs se recentrent sur l’essentiel, et coupent dans les budgets dédiés à l’innovation. 

Par exemple, Ford prévoyait de lancer un projet très ambitieux de robo-taxis de voitures complètement autonomes, qu’on pourrait commander comme un taxi via une application, mais sans conducteur. Le projet est repoussé au moins jusqu’à 2022 à cause des incertitudes sur l’impact du Covid. General Motors a annoncé des licenciements massifs dans sa division dédiée au développement des voitures autonomes. Et Uber a fermé sa branche intelligence artificielle et réévalue ses investissements dans les VTC autonomes. 

Selon le cabinet américain IHS Markit, les budgets des programmes de recherche dans l’automobile devraient baisser de 13% en moyenne cette année, et de 8% l’an prochain. Sachant que l’épidémie n’est pas le seul facteur. Beaucoup de questions se posent autour de cette technologie qu’on nous a vendu un peu trop tôt: niveau sécurité, on n’est pas au point, et des accidents spectaculaires ont marqué les esprits. Réglementaire non plus. Les risques de piratage informatique sont aussi réels, avec de possibles attentats à la voiture autonome. Bref, on n’est pas prêts.

Un intérêt dans le monde post-covid

Et surtout on ne sait pas qui pourrait se les payer, encore plus en temps de crise économique. Selon les estimations des experts, il serait impossible de lancer une voiture complètement autonome à moins de 100.000 euros. C’est aussi pour ça que beaucoup de constructeurs, comme PSA par exemple, disent qu’ils vont se limiter à la conduite autonome de niveau 3 sur une échelle qui va jusqu’à 5, où on a plus de volant ni de pédales, des voitures semi-autonomes, capables de conduire toutes seules sur autoroute, dans les embouteillages, mais pas question de dormir ou de bouquiner.

Pourtant dans le monde post-covid, où tout va devenir sans contact, les véhicules sans conducteur présentent un intérêt évident. On l’a vu pendant la crise, en Chine notamment, où pour livrer les colis en évitant au maximum les contacts humains, on a fait appel à des voitures autonomes et à des robots livreurs. Des sortes de pots de yaourt robotisés qui roulent dans les rues à 50km/h et transportent nourriture, médicaments, colis divers et variés sans aucun contact humain. 

Des sortes de mini-épiceries ambulantes, bardées de capteurs, de caméras, de lidars, sans volant ni pédales, sans personne à l’intérieur. Vous passez commande, le supermarché ou l’entrepôt charge le véhicule, il arrive devant chez vous. Une grande portière latérale s’ouvre pour vous laisser prendre votre commande et le véhicule repart. 

Ces mini-véhicules autonomes ont plusieurs avantages : ils permettent de limiter au maximum les contacts entre êtres humains. Mais aussi de pallier le manque de livreurs, du fait des quarantaines. C’est peut-être vers ça qu’on va s’acheminer : des véhicules autonomes pour transporter des marchandises plutôt que des personnes.

Anthony Morel