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Coronavirus: les "pestiférés" de l'Oise en ont marre des discriminations

Les habitants de Crépy-en-Valois, l'un des foyers épidémiques du coronavirus, déplorent les discriminations à leur rencontre, alors que cinq personnes originaires de la ville de l'Oise sont mortes du covid-19.

Premier foyer épidémique sur le territoire, la ville de Crépy-en-Valois dans l’Oise compte cinq morts liées au coronavirus. La commune de 15.000 habitants fait donc partie des neuf communes du département où des mesures strictes ont été prises contre l’épidémie. Mais cette atmosphère de suspicion commence à peser sur les habitants, alors qu’une grande partie d'entre eux travaille en région parisienne, à quelques dizaines de minutes en train.

Arrivée en gare de Crépy-en-Valois, Isabelle soupire. Cette secrétaire médicale qui travaille chaque jour à Paris, a remarqué depuis quelques jours un changement d'attitude de ses collègues : "On est un peu pris pour des pestiférés. Quand on sait qu’on vient de Crépy au travail certains nous disent ‘t’approches pas de moi’. Ils le font à la rigolade bien sûr, mais des médecins nous font des remarques", déplore-t-elle.

"J’évite de dire que je viens de Crépy"

Des remarques qui lassent aussi Thomas, qui a même décidé de cacher sa ville d'origine: "J’évite de dire que je viens de Crépy parce que j’ai envie d’éviter toutes les discriminations, éviter qu’on nous regarde mal dans la rue ou la paranoïa des gens. Dès qu’ils attrapent un coup de froid ils se disent : 'J’ai côtoyé quelqu’un de Crépy, il m’a filé son truc!'. Dans le train ils se collent à la vitre !! Faut arrêter un moment".

Une situation qui touche la majorité des habitants de l'Oise. Le maire de Compiègne Philippe Marini demande la fin de cette stigmatisation : "Il y a des dizaines de milliers de personnes de l’Oise qui viennent travailler en Île-de-France, on ne va pas leur interdire de venir". Seul espoir cynique des Oisiens pour voir disparaître ces remarques, la propagation du virus à toute la France, alors que toutes les régions de métropole sont touchées par l'épidémie. Au 10 mars, on recensait 1412 cas et 30 morts sur tout le territoire.

Romain Cluzel et Garance Munoz (avec Guillaume Dussourt)