RMC

Crises d'angoisse, addictions, dépression: les conseils d'une psychologue face à la crise du Covid-19

La psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont était invitée ce mardi matin sur RMC. Elle confirme la difficulté de certains Français et notamment des jeunes à faire face psychologiquement à la crise sanitaire qui s'installe.

Un an de crise sanitaire, entre confinement, couvre-feu et reconfinement. Et pas d'échéance claire. Une situation qui pèse sur la santé mentale des Français. "J’ai proposé l’hospitalisation à 6 fois plus de patients, juste sur le mois de septembre, notamment des étudiants qui n'avaient pas d'antécédents. Toute une population sans antécédent qui s'est mise à présenter des troubles très graves", a exposé la psychologue Marie-Estelle Dupont.

Les plus jeunes commencent aussi à accuser le coup: "La tranche d’âge 7-11 ans arrive maintenant en pédopsychiatrie, on est submergés", constate-t-elle.

Ces dernières semaines, le psychiatre Serge Hefez responsable de l'unité de thérapie familiale à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière a assisté à une "augmentation de la symptomatologie" chez les plus jeunes : "crises d'angoisse, scarifications, violences, comportements addictifs..." Et il constate "une hausse des tentatives de suicide, y compris pour des enfants âgés de 8 ou 10 ans".

"Même si c'est un confinement un peu 'light', il aura des conséquences et les centres médico-psychologiques et services hospitaliers tirent la sonnette d'alarme", s'inquiète-t-il.

"Derrière un ordinateur, vos centres cérébraux s'atrophient"

"Les humains sont programmés pour faire face à l’épreuve, le cerveau sait le gérer. En revanche, on ne sait pas gérer les injonctions paradoxales, les gens se sont sentis pris dans des injonctions qui changeaient tout le temps et cette incertitude a épuisé les ressources adaptatives", explique Marie-Estelle Dupont.

"Le cerveau humain ne fonctionne bien que s’il a des interactions sociales, des émotions. Derrière un ordinateur, vos centres cérébraux s'atrophient. On a vu des troubles du sommeil parce que les horloges biologiques sont complètement désynchronisées, l'appétit est dérégulé, l’irritabilité augmente parce que les gens ne peuvent plus faire de sport", a-t-elle expliqué.

Selon la psychologue, quand on prend des mesures de santé publique, il faut "tenir compte du cerveau humain (…) et pas une simple statistique de circulation virale".

Au total, près des deux tiers des 18-25 ans (61%) estiment que la crise sanitaire "aura des conséquences négatives sur leur santé mentale, selon un sondage, réalisé en janvier par l'institut Ipsos pour la Fondation Fontamental, réseau de chercheurs sur les maladies psychiatriques.

P.B.