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Déconfinement: "Quand ça remontera en juillet, les soignants nous feront un grand bras d'honneur"

Matthias Wargon, chef des urgences de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis, est sceptique quant au calendrier de déconfinement présenté par Emmanuel Macron jeudi.

​On l'oublie parfois, mais la situation dans les hôpitaux reste critique. 5.804 patients sont en soins critiques, un chiffre en légère en baisse, tout comme celui du nombre de patients hospitalisés: 29.487 au total. Mais "gare à la précipitation", a averti jeudi la Fédération hospitalière de France alors qu'Emmanuel Macron a dévoilé à la presse régionale les dates du déconfinement.

Les professionnels de santé sont sceptiques face au calendrier des réouvertures. C'est le cas de Matthias Wargon, chef des urgences à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), invité de RMC ce vendredi. 

"C'est compliqué car à l'hôpital on ne voit pas le bout. On se demande si ça va marcher ou pas. Du coup, le 30 juin, l'épidémie est terminée? Quand on voit les modèles on n'a pas l'impression que ça va s'arrêter. Car l'hôpital commence vraiment à craquer.
Ca ne se voit pas mais on est obligés de fermer des services ici ou là. Pas parce que les gens ne veulent pas bosser mais parce qu'on n'a pas les gens. On voit qu'il y a une petite fuite de tout le monde parce qu'on n'en peut plus. Après tout on est payé pour ça mais est-ce que demain il y aura un hôpital pour vous recevoir? On continuer à recevoir un maximum de gens qui n'ont pas le Covid. Ca se craquelle, c'est une pression, l'hôpital ne se vide pas."

"On va essayer de serrer les fesses jusqu'en septembre et on verra en septembre"

Matthias Wargon estime que le personnel soignant est à bout et n'aura pas envie de se mobiliser en cas de nouvelle grosse vague.

"On est encore à des taux très élevés. Il y a des modèles qui prévoient qu'en juillet ça remonterait. Au moment où ça remontera en juillet, je pense que le personnel nous fera un grand bras d'honneur en disant, nous aussi on veut partir en vacances.
Vous n'allez pas dire à du personnel qui est sur le pont depuis un an et demi que pour les vacances ça va être compliqué! On n'est pas là pour se sacrifier pour la France non plus ! Ca fait un an et demi qu'on fait du Tetris pour trouver de la place aux patients. (...) Tout le monde en a ras-le-bol. J'ai l'impression qu'on laisse trainer pour ne vexer personne. On va essayer de serrer les fesses jusqu'en septembre et on verra en septembre."
J.A.