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"Dupin quotidien": faut-il faire son dossier médical partagé?

Le projet de loi santé a été définitivement adopté hier par le Parlement. Figurant parmi les propositions d'Agnès Buzyn, le Dossier Médical Partagé (DMP) devrait être généralisé à tous les Français d'ici la fin du quinquennat.

Tous les patients auront leur propre espace numérique de santé d'ici au 1er janvier 2022, pour accéder notamment à leur dossier médical partagé, une sorte de carnet de santé amélioré, à des "applications" ou "informations de santé référencées". Près de 6 millions et demi de dossiers ouverts d'après l'Assurance maladie. Un rythme de 100.000 à 150.000 créations par semaine.

La CNAM qui est en bonne voie pour remplir ses objectifs : 10 millions d'ici la fin de l'année et 40 en 2022. Près de 7 millions de documents ont été ajoutés, par les établissements de santé, par les patients eux-mêmes, par les professionnels de santé libéraux, les centres de santé.

52,6% des détenteurs de DMP sont des femmes, dont près de la moitié ont plus de 50 ans. Un patient sur trois l'ouvre via sa CPAM, 29% chez le pharmacien, 22% sur internet et 15% à l'hosto ou chez un professionnel de santé en ville. 

Un carnet de santé virtuel

Le DMP, c'est un carnet de santé numérique qui centralise nos informations médicales, facilite la coordination entre les médecins et meilleure prise en charge. Surtout utile pour les urgentistes par exemple qui peuvent connaître vos antécédents, allergies et traitements en cours.

Le dossier sera alimenté automatiquement de l’historique des remboursements au patient sur les deux dernières années avec dénomination des actes en clair. Le DMP contiendra notamment les comptes-rendus d’hospitalisation et les résultats d’examens biologiques, et le médecin traitant pourra y intégrer rapidement le volet médical de synthèse, élément clef pour le suivi du patient.

Le patient a le contrôle sur tout: il crée son DMP, peut interdire l'accès à certains professionnels et masque des documents. Les pharmacies constituent le canal principal de création: plus de 40 % des DMP ouverts depuis début novembre l’ont été dans les officines, contre 35 % environ sur le site dmp.fr et 21 % dans les accueils des caisses primaires d’assurance maladie. Pharmaciens reçoivent une rémunération d'un euro par DMP ouvert.

Le carnet de vaccination va faire son entrée dans le DMP début 2020. Pareil pour les radios et les analyses en laboratoire, d'ici un an. Et une application DMP sera disponible sur smartphone dès septembre.

Du mal à passer chez les médecins

Mais il a du mal à passer chez les médecins. D'après la CNAM, 42% des généralistes le consultent régulièrement, mais seuls 2 sur 10 l'alimentent. Ainsi que 200 Ehpads, 400 hôpitaux dont 17 CHU, près d'un sur deux. Il va être déployé dans tous les établissements des hôpitaux de Paris d'ici la fin de l'année. Ca devrait aussi être le cas à Lille, Nantes et Angers.

Pourtant maillon essentiel, le DMP perd sa raison d'être si les médecins n'y participent pas. Etrange car 7 médecins généralistes sur 10 ont aujourd'hui un logiciel métier compatible avec le DMP. Mais de nouvelles versions plus simples seront disponibles promet la CNAM.

Pour le SNL, ça ne sert à rien. Ils travaillent déjà très bien avec leur propre fichier patient dans leur logiciel de métier. Il n'est pas possible de communiquer entre professionnels à travers le DMP. Et ils voient très peu de patients arriver avec leur pastille DMP sur la carte vitale.

Côté FMF, on trouve l'idée très bonne mais mal pensée et difficile d'utilisation. Ils veulent être rémunérés, au moins 46 euros soit le tarif d'une consultation complexe, ou 60 euro pour la première alimentation du DMP. Mais l'Assurance maladie verse déjà un forfait patient pour le médecin traitant, environ 14.000 euros par an, qui prend en compte le volet de synthèse, qui regroupe toutes les informations du patient et sécurise son parcours de soin.

Anaïs Bouitcha