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En arrêtant la pilule, j'ai découvert que j'étais une femme désirante, ma libido a été délirante

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45% des femmes prenaient la pilule en 2010. Six ans plus tard, elles n'étaient plus que 36,5%. Ce baromètre, publié ce 25 septembre par l’agence sanitaire Santé publique France, l'atteste : les femmes désavouent de plus en plus ce contraceptif. Directrice artistique à Paris, mère de deux enfants, Louise a délaissé la pilule, qu'elle accuse d'avoir tué sa libido, au profit du stérilet. Et, à 35 ans, elle s'est découvert un désir qu'elle ne soupçonnait pas. Elle raconte pour RMC.fr.

Louise, 40 ans, est directrice artistique et mère de deux enfants. 

"Je n'ai pas arrêté la pilule par conviction. On me l'a collée à 16 ans. Ma mère m'a amené chez le gynéco, pas spécialement pour contrôler ma sexualité, mais plutôt pour me protéger et régler mes problèmes d'acné (qui peut être due à des excès hormonaux).

J'ai arrêté deux fois de la prendre, parce que j'ai eu deux enfants. En 2009, lorsque je me suis séparé de leur père, je l'ai arrêtée pour de bon. Je changeais de vie. Je n'avais plus de partenaire unique, une vie sexuelle plus libérée, et la pilule n'était plus adaptée à mon cas. Notamment parce que ça protège en rien contre les infections sexuellement transmissibles (IST).

"Une libido délirante après avoir arrêté"

Pendant mes dix années de vie de couple, je ne dirais pas que j'ai eu une libido extraordinaire. Je complexais par rapport à ce que je pouvais lire dans la presse féminine. Je ne me trouvais pas normale. Le père de mes enfants me faisait culpabiliser... A ce moment là, je n'avais pas encore fait le lien avec ma pilule.

Après avoir arrêté, j'ai eu une libido délirante. Au départ, je pensais que c'était parce que j'avais quitté ce couple où je n'étais pas heureuse. Et ça a duré jusqu'à ce que je rencontre mon partenaire fixe, en 2011. On avait une sexualité riche, on testait des méthodes contraceptives naturelles. Et là, accident... Je suis retournée vers le gynéco, qui m'a dit qu'il me fallait un contraceptif. Elle m'a prescrit ma pilule à nouveau. Et, dès le premier mois de la reprise, je me suis rendu compte que je n'avais plus de désir.

"Quand on a ce désir en soi, on n'a pas envie de le réprimer"

Le lien était cette fois facile à faire. J'ai dit à ma gynéco que j'étais heureuse avec mon mec, que j'avais une libido super cool, et que rien ne pouvait justifier le fait que je n'en ai plus! Elle a été très embêtée. Elle me suit depuis des années. A demi-mot, elle a reconnu que, oui, il pouvait y avoir un lien entre prise d'hormones et baisse de la libido.

Dès lors, je ne voulais plus quoi que ce soit aux hormones. Quand on découvre à 35 ans qu'on a ce désir potentiel en soi, on n'a pas envie de le réprimer. Je lui ai demandé un truc alternatif. Elle m'a posé un stérilet en cuivre.

"On se fout du désir des femmes"

Certaines se le font refuser. Là à 35 ans, avec des enfants, la gynécologue n'a pas été réticente. Sans être scientifique ou chercheur en biologie, j'ai l'impression que mes pics de libido sont liés à mes périodes d'ovulation. D'un point de vue naturaliste, ça me paraît assez logique. Si je prends des hormones qui disent à mon corps que l'ovule est déjà fécondé, il n'a plus besoin de libido.

Sans verser dans ces théories complotistes qui disent que c'est bien pratique, la pilule, pour éteindre le désir des femmes, je vois quand même ce qu'est l'histoire de la sexualité féminine. Ce qu'on fait au corps des femmes dans le monde. Combien on se fout de leur plaisir et de leur désir. Et que cette absence d'information sur la pilule rentrait dans l'image selon laquelle les nanas doivent désirer moins que les mecs. Dans cet ordre des choses, c'est l'homme qui prend la femme. Une nana désirante qui a envie de sexe, on sait comment on la surnomme...

"Pas de contraceptif idéal"

Quand on connaît les études récentes sur les perturbateurs endocriniens, les hormones qu'on balance dans la nature, on se dit qu'il n'y a pas de moyen de contraception idéal. Les méthodes naturelles, il y a des accidents, la pilule, des effets hormonaux, la capote, ça craque… Les parents mettent leur fille sous pilule pour qu'elle ne risque pas de tomber enceinte. J'aurais pu penser aussi que ma mère, très prude et très catho, aurait pu me mettre sous pilule pour calmer mes ardeurs. Moi, en l'arrêtant, j'ai trouvé intéressant de découvrir que j'étais une femme désirante."

Propos recueillis par Paul Conge