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"En Belgique, il a pu dire au revoir à tous ses enfants": le témoignage du compagnon de l’homme qui avait interpellé Emmanuel Macron sur la fin de vie

173 citoyens vont plancher, dès ce vendredi, sur la question de la fin de vie. Les travaux de cette nouvelle convention citoyenne devraient permettre la création d'une loi, d'ici la fin de l'année prochaine. Aujourd'hui, si un Français malade souhaite avoir recours au suicide assisté, il doit se rendre dans un pays qui l'autorise. C'est le cas de Guy, atteint de la maladie de Charcot, qui a fait ce choix en septembre. En sa mémoire, Pascal, son compagnon, a décidé de témoigner au micro de RMC.

Le sujet suscite chez certains de l'indignation mais pour beaucoup, c'est une évidence. La question du suicide assisté est un débat depuis plusieurs années en France, car il n'est pas autorisé. Ceux qui souhaitent y avoir recours doivent aller en Belgique ou en Suisse, par exemple. Une douleur de plus pour ceux qui souffrent au quotidien de la maladie et qui aimeraient pouvoir quitter leurs proches, dans leur propre pays.

C'est le cas de Guy, un soixantenaire qui était atteint de la maladie de Charcot. Son compagnon, Pascal, a décidé de témoigner alors que s'ouvre, ce vendredi, une convention citoyenne sur la question de la fin de vie. 173 citoyens tirés au sort vont devoir plancher sur la question de l'aide à mourir, l'euthanasie, le suicide assisté: une loi devrait découler de ces travaux d'ici la fin de l'année prochaine.

Paralysé des bras et des jambes en un an et demi

Avant de s'exprimer, Pascal a voulu placer en arrière-plan, une photo de lui et Guy, en souvenir de leur belle histoire d'amour qui a duré plus de 16 ans. Sur l'image, les deux hommes sont souriants, serrés l'un contre l'autre. C'était avant la paralysie des jambes et des bras de Guy. Atteint de la maladie de Charcot, une pathologie incurable, son état physique s'est dégradé en seulement un an et demi.

"Il me disait régulièrement qu'il avait l'impression d'être dans une camisole, de force. C'était impensable pour lui de ne plus pouvoir s'exprimer, par rapport à ses enfants et ses petits-enfants. À la fin du mois d'août, il a commencé à avoir des difficultés d'élocution et de déglutition, c'est là qu'il a décidé de partir", explique Pascal.

Le couple se renseigne sur les dispositifs existants en France, mais la santé de Guy n'était pas assez dégradée selon la loi. La seule solution pour pouvoir partir de la façon dont il souhaite était de se rendre dans un pays où le suicide assisté est autorisé. Au mois de septembre, il est donc allé en Belgique, entouré de sa famille. "Même cette fin-là, choisie, en Belgique, était difficile", rappelle son compagnon.

"Quelque chose ne fonctionne pas chez nous"

L'injection létale y est rigoureusement encadrée. Cette pratique n'existe pas en France, où les soignants peuvent seulement endormir le patient en toute fin de vie et couper l'alimentation.

"C'est cruel, on ne fait pas mourir, on laisse mourir, estime Pascal. En Belgique, il a pu dire au revoir à tous ses enfants. Entre le moment où il est parti et le moment où j'ai récupéré les cendres, je me suis dit qu'il y avait une chose qui ne fonctionnait pas chez nous."

Pascal a peur que la convention suscite de faux espoirs. Il se raccroche à une lettre écrite par le président de la République, Emmanuel Macron, après le décès de Guy, dans laquelle il avait écrit: "Je n'oublierai pas Guy, ni sa mémoire, ni son combat. Vous pouvez compter sur moi". Les deux hommes s'étaient rencontrés lors d'un déplacement du chef de l'État en Charente-Maritime. Guy l'avait interpellé sur sa situation et à l'issue de cet échange, le président lui avait confié qu'il était favorable à une évolution de la loi.

AB avec Nicolas Traino