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"Expliquez-nous": pourquoi la situation du coronavirus est préoccupante en Amérique Latine

Après l'Asie, l'Europe, et l'Amérique du Nord, c'est désormais, l'Amérique Latine qui doit faire face à l'épidémie de coronavirus.

L’Amérique latine est désormais l’épicentre de la pandémie de coronavirus. Le Brésil est particulièrement touché et son président Javier Bolsonaro est contesté pour sa gestion de la crise. Ou plutôt pour sa non-gestion de la crise. Puisque pendant des semaines, Bolsonaro a expliqué qu’il ne croyait pas en ce virus. En mars encore, il dénonçait l'hystérie autour de la “petite grippe”. 

Une vidéo a été rendue publique il y a quelques jours et les télés brésiliennes continuent à la diffuser en boucle. C’est une réunion ministérielle qui se tient le 22 avril. Le président éructe contre les gouverneurs qui maintiennent le confinement alors que lui voudrait que l’économie redémarre. Il les traite de “bouses” et de “tas de fumier”. Il parle d’un “connard” de maire, qui vient de signer une “saloperie” de décret de confinement. Autour de la table, il n’y a que des hommes, des ministres et des généraux qui rient très fort et répondent sur le même ton. 

Ces images n’auraient jamais dû sortir. Elles ont été diffusées par des juges qui enquêtent sur des interventions de Bolsonaro pour protéger ses fils accusés de corruption. 

Javier Bolsonaro se comporte comme Donald Trump aux Etats-Unis, mais en pire. En plus caricatural encore. Comme Donald Trump, il a d’abord nié la crise sanitaire. Comme Donald Trump, il s’oppose aux gouverneurs sur la question du confinement, comme Donald Trump, il croit beaucoup à la chloroquine. Il suggère pour guérir, de prendre ce médicament, de pratiquer le jeûne et s’en remettre à Dieu.

Il a déjà renvoyé deux ministres de la Santé parce qu’ils ne partageaient pas ses vues sur la chloroquine. Et il a fini par nommer un troisième. Un militaire obéissant qui n’a aucune compétence en matière de santé, mais qui ne le contredira pas.

Résultat, le Brésil est désormais le deuxième pays le plus touché du monde derrière les Etats-Unis en terme de nombre de cas. Le sixième le plus touché en terme de nombre de décès. Mais surtout alors que dans la plupart des pays, l'épidémie a atteint un pic au bout du cinquantième jour environ, avant de régresser. Au Brésil, au cinquantième jour au contraire, les courbes ont continué à monter. Le nombre de nouvelles contaminations a même doublé ces derniers jours. Bien sûr, ce n’est pas uniquement à cause de la politique du président populiste. C’est aussi peut-être parce que c’est l’hiver qui commence. Mais en tout cas, les chiffres sont très mauvais.

Et ils sont également mauvais à l'échelle du continent. Le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes en Amérique du Sud a dépassé celui de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Aujourd'hui, le Chili et le Pérou sont deux pays très touchés. Les hôpitaux de Lima, la capitale du Pérou préviennent qu’ils ont commencé à ne plus accepter de nouveaux malades. Parce qu’ils manquent de lits en réanimation, de respirateurs, d'oxygène, de protections pour les soignants. Bref de tout.

Situation catastrophique au Venezuela

Auparavant, c'était en équateur qu’on a assisté à des scènes d’horreur. La ville de Guayaquile a recensé 1400 morts en quelques jours et les cadavres ont été abandonnés dans les rues, incinérés sur les trottoirs, entassé dans les toilettes des hôpitaux.

L’Amérique Latine est aussi le continent le plus pauvre touché par le Virus. Beaucoup plus pauvre naturellement que l’Europe et l’Amérique du Nord et ça change tout. Les populations ont été frappées par la crise économique en même temps que par le Virus. 

À Santiago du Chili, il y a des émeutes de chômeurs et de nouveaux pauvres qui affrontent la police en plein confinement. En Colombie, dans les grandes villes, les gens mettent un drapeau rouge à la fenêtre pour indiquer qu’ils ont faim. C’est à la fois un geste politique, le drapeau rouge est un peu le “gilet jaune” colombien mais c’est aussi tout à fait pratique. Ca veut dire “ici, vit une famille qui n’a pas de quoi se nourrir”. 

Enfin, il y a un pays qui vit déjà dans une extrême pauvreté depuis des années, c’est le Venezuela. La majorité de la population ne mangeait déjà pas à sa faim avant l'épidémie. Aujourd’hui, c’est pire. 

Mais le pays est aussi peut être le plus grand menteur du monde en ce qui concerne les statistiques. Officiellement, il n’y a eu que 10 morts. Un chiffre totalement absurde pour les ONG présentes sur place. Les statisticiens de l’université américaine John Hopkins pensent que c’est peut-être 3000 fois plus. C'est-à-dire, 30.000 morts et non pas 10.

Nicolas Poincaré