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"Expliquez-nous": quels sont les différents évènements qui ont favorisé la propagation du coronavirus dans le monde?

Dans différents pays, des évènements rassemblant des centaines voire des milliers de personnes ont provoqué une accélération de la propagation du coronavirus au début de l'épidémie. Quels sont-ils ?

On commence à mieux connaître les principaux foyers d’infection au coronavirus. En Chine, en Italie, en Autriche, en Espagne, ou en Alsace, il y a eu des événements qui ont accéléré la propagation de la maladie.

Il y a d’abord eu le match de foot qui a eu lieu à Milan, Atalanta Bergame contre les Espagnols de Valence en huitième de finale aller de la Ligue des Champions. 

On est le 19 février. Le stade de Bergame en Lombardie est trop petit et le match est donc organisé à Milan au stade San Siro. Sur les 120.000 habitants de Bergame, plus de 40.000 vont faire le déplacement. Un tiers de la ville. Résultat : des bouchons historiques, trois heures pour parcourir le trajet qui se fait en 30 minutes normalement.

À Milan, les supporters font la fête toute l'après midi dans les bars, sympathisent avec les 2500 espagnols qui ont fait le déplacement. Puis tout le monde se serre dans le métro pour aller au stade. Puis la rencontre commence et manque de chance, Bergame va marquer quatre buts. Quatre occasions de hurler, de postillonner et de s’embrasser. 

Ce match a fait exploser le nombre de cas en Italie du Nord. Les épidémiologistes ont parlé d’une bombe biologique. Bergame est devenue la ville martyre avec 2000 morts officiellement et sans doute plus. C’est l’endroit en Europe ou la situation a été la plus désespérée dans les hôpitaux. Une semaine après, le match OL-Juventus a eu lieu à Lyon. Sans entraîner heureusement de contamination. Pour la petite histoire, le match retour a eu lieu à huis clos à Valence. Bergame s’est qualifié, mais 35% des joueurs et du staff de valence ont été testés positif. 

>> PODCAST RMC - Coronavirus: comment le match Bergame-Valence en Ligue des Champions a fait l'effet d'une "bombe biologique" <<

Une station de ski, une marche féministe et un banquet communiste...

En Espagne, c’est une manifestation féministe qui a accéléré la propagation de l'épidémie. Le 8 mars, la journée des femmes, événement très important en Espagne, 120.000 personnes ont défilé à Madrid, contre le machisme, les violences, et pour l’égalité. Le 8 mars, on parlait déjà beaucoup du coronavirus et on pouvait voir quelques pancartes disant: “Le patriarcat tue plus que le virus”. 

En tête du cortège, deux ministres du gouvernement socialiste dont la Marlène Schiappa espagnole, la ministre de l’Égalité, Irène Mochero. Elle sera diagnostiquée positive deux jours après, mais ne respectera pas sa quarantaine. En Espagne, on parle encore de cette marche des femmes qui n’aurait pas dû avoir lieu. 

En Autriche, c’est une petite station de ski qui est montrée du doigt. Elle s’appelle Ischgl, station branchée du Tyrol, connue pour son ski et surtout pour son après-ski. Elle attire les skieurs fêtards de tout l’Europe du Nord. Un bar est particulièrement populaire. Le Kit Cloch. On y sert de la bière dès 15 heures avec les skieurs et les skieuses qui dansent sur les tables. C’est bondé, les serveurs se déplacent avec un sifflet à la bouche, pour se frayer un passage et pour mettre de l’ambiance. Ces sifflets sont de véritables fontaines à postillons. 

Le 2 mars, un malade est dépisté en Islande à 4.000 kilomètres. Puis trois autres qui rentrent tous de cette station de ski. Puis encore 8 autres. Les autorités islandaises alertent les Autrichiens qui ne tiennent pas compte de l’avertissement. La station reste ouverte encore 10 jours. 9000 Allemands, 1000 Autrichiens ont été contaminés, plus 1000 Scandinaves et des centaines de Belges et de Néerlandais. Et ces gens-là sont procéduriers: 5000 plaintes ont été déposées contre la station de ski. 

En Chine, c’est un immense banquet qui n’aurait jamais dû être organisé. C’était à Wuhan le 18 janvier. C’est-à-dire 6 jours avant le confinement. 40.000 familles ont été invitées à un dîner spectacle organisé par le Parti communiste. 13.956 plats ont été servis et le lendemain, le journal local a publié des photos en félicitant les participants d’avoir surmonté la fièvre, la toux et la maladie pour venir à ce grand événement. Preuve que l’on savait déjà une grande partie de la population malade. Certains danseurs ou chanteurs , fiévreux, avaient des masques.

Le banquet était organisé à la gloire du président Xi Jinping et dans le cadre de la préparation du congrès du Parti communiste. C’est pour cela que personne n’a osé l’annuler. Par la suite, le responsable du PC de Wuhan a été limogé après avoir fait son autocritique à la télévision. 

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Un rassemblement évangéliste en France

Enfin, en France, on le sait, c’est un rassemblement évangéliste à Mulhouse qui est à l’origine de la plus grande propagation. On a aujourd’hui des animations qui montrent à quel point, c’est depuis Mulhouse que l’épidémie se répand. Tout au long du mois de mars, elle s'étend vers l’est et le nord. Il y a bien un autre foyer dans l’Oise, mais il va être beaucoup actif, puis finalement se confondre avec celui de Mulhouse pour toucher l’Ile-de-France et tout le quart nord-est du pays. On en est toujours là.

Mulhouse, c’est une semaine de prière entre le 17 et le 24 février organisée par l’église évangéliste de la Porte Ouverte. 2500 personnes environ qui vont participer à des cultes plusieurs fois par jour, chanter en se tenant la main et s’embrasser. 

Dès la fin de la semaine, l’organisateur le pasteur Peterschmitt est fiévreux. Sa femme va tomber malade aussi. Six de ses enfants sont positifs et 13 de ses petits-enfants. Le pasteur se dit désolé, mais explique que le 17 février, on ne savait pas. Et de fait, le match de Bergame a été organisé à la même date, le 19 février.

Nicolas Poincaré