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Il prive des "alcooliques" de sa ville de RSA: "toucher l'aide de l'Etat pour la picoler, c'est intolérable"

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Pour mettre fin aux rassemblements de personnes alcoolisées qui se regroupent "tôt le matin jusque tard le soir" dans sa ville, le maire LR de Pont-Sainte-Maxence, dans l'Oise, fait en sorte qu'ils se voient privés de leur RSA. Arnaud Dumontier se justifie sur RMC.fr par un "ras-le-bol généralisé" de sa population face à ces regroupements.

Arnaud Dumontier, maire Les Républicains de Pont-Sainte-Maxence, depuis 2014.

"J'en suis venu là parce qu'il y a un grand ras-le-bol généralisé. Ras-le-bol de ma population, des commerçants, des parents d'élèves… C'est une situation qui existait sous le mandat de mon prédécesseur et c'est un véritable objet de crispation dans la ville. Il y a une demi-douzaine d'individus qui s'alcoolisent parfois massivement sur la voie publique. Ils boivent, ils urinent, ils interpellent les passants, et cela tôt le matin jusque tard le soir.

"Ils boivent, ils urinent, ils interpellent les passants"

On les verbalise toutes les semaines, mais on ne sait pas si l'officier du ministère public suit les verbalisations que nous leur infligeons parce qu'il est difficile de faire appliquer une verbalisation à l'encontre d'un bénéficiaire du RSA. Donc on les emmène en cellule de dégrisement, mais ça mobilise les policiers, mais aussi un médecin. C'est insupportable pour tout le monde. Ils sont aussi un danger pour eux-mêmes, et s'ils sont renversés par une voiture, on viendra me voir et on me dira: 'vous saviez et vous n'avez rien fait'.

Toucher l'aide de l'Etat pour la picoler, c'est intolérable. Les gens ne le comprennent pas. Mes administrés vont prendre une amende pour un stationnement dépassé d'une minute, et eux picolent du matin jusque soir dans les rues avec un parfait sentiment d'impunité. On a l'impression d'avoir une France à deux vitesses: celle qui se lève tôt et qui survit et celle qui profite du système.

"Ivre sur la voie publique le lendemain de sa sortie de cure"

C'est pourquoi j'ai décidé de les sanctionner en faisant en sorte qu'ils ne bénéficient plus du RSA pendant un temps. J'ai alerté le président du conseil départemental (en charge du RSA) en lui expliquant qu'on ne pouvait pas continuer à verser une aide à quelqu'un qui ne le mérite pas. Une de ces personnes a déjà été sanctionnée et verra son RSA supprimé de 80% pendant trois mois. Une autre verra la même sanction en juin, et on supprimera autant de RSA que nécessaire. Ces personnes sont sanctionnées pour non-respect de l'obligation d'insertion, condition sine qua non pour bénéficier du RSA. La personne que l'on a déjà sanctionnée a été l'objet de 49 mains courantes de la part de ma police municipale entre le 1er janvier 2016 et le 31 mars 2017! Ce n'est qu'en touchant au porte-monnaie qu'on arrivera à être efficace.

"Pas que la politique du bâton"

Mais je ne pratique pas que la politique du bâton, puisqu'on a même emmené l'un d'eux en cure de désintoxication avec un véhicule de la ville et deux de mes agents. Je lui avais aussi proposé, en accord avec son assistante sociale, de le mettre dans un autre logement social, dans une autre ville, pour lui éviter les tentations, et nous avions prévu de l'intégrer dans les services techniques de la mairie. Malgré cela, dès le lendemain de sa sortie de cure de désintoxication, il était ivre sur la voie publique."

Propos recueillis par Philippe Gril