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Instagram censure la tatoueuse des victimes de cancer du sein: "J'ai l'impression d'être la Erin Brockovich du téton"

Alexia Cassar

Alexia Cassar - Capture d'écran RMC

Avec ses tatouages 3D plus vrais que nature, Alexia Cassar répare les femmes qui ont subi une ablation du sein. Elle publie des clichés sur Instagram depuis deux ans de son travail à visée médicale et thérapeutique. Mais Instagram a subitement supprimé son compte. La tatoueuse, contactée par RMC.fr, est dépitée, et veut secouer les géants du Net.

Alexia Cassar est tatoueuse dans le Val-d'Oise. Elle s'est spécialisée dans le tatouage en 3D pour les femmes qui ont subi une mastectomie.

"Régulièrement, je publiais des photos de tatouage, toujours avec les bons hashtags #MastectomieTatoo - car les règles d'utilisation d'Instagram permettent de publier des photos de mastectomie - qui finissaient par être retirées. J'ai continué à poster. Et le compte s'est complètement arrêté, sans notification, de but en blanc.

Ils ont censuré parfois de simples dessins de poitrines. J'avais vocation à éduquer et informer les médecins sur cette technique nouvelle - le tatouage 3D - qui permet de reconstruire les patientes différemment, en leur proposant quelque chose d'esthétique et de personnalisé. Les instances médicales l'ont totalement accepté, tout comme les tatoueurs. Il n'y a plus que Instagram et Facebook qui font la sourde oreille. La Sécu a même remboursé deux patientes que j'ai tatouées !

"C'était le seul endroit où trouver les images de ce qu'est une reconstruction après une mastectomie"

Ma stratégie de publication était pourtant assez cadrée. J'avais trouvé des parades. Ces derniers temps, je floutais même la photo de couverture pour qu'il n'y ait pas d'emblée une photo de poitrine. Je démarrais mes posts par "Do not report", pour que les gens ne s'amusent pas à signaler le compte. Je publiais toujours en anglais...

Ce qui me gêne, c'est que mon activité est assez claire. C'est un compte professionnel, qui n'a pas vocation à être vulgaire et offensant… C'est un peu injuste, cette suppression sans coup de semonce. J'avais plusieurs fois testé ce qui pouvait être publié ou non, avec la peur au ventre.

Cet endroit était le seul où l'on pouvait trouver les images de ce qu'est une reconstruction après une mastectomie. Où l'on peut faire un choix éclairé. Dans son cabinet, un chirurgien peut vous montrer une technique, mais vous n'avez pas spécialement la possibilité de savoir ce que ça va donner.

"Un système complètement opaque"

Plus que la difficulté à illustrer la mastectomie, cela montre surtout la stupidité de la censure aveugle sur Internet. Ils ont des algorithmes qui censurent automatiquement. Un rond foncé sur un fond clair, c'est forcément un téton, et ils le dégagent de Facebook ou Instagram. J'ai essayé de les contacter, mais ni dans le FAQ, ni les community managers, ne me répondent. Le système est complètement opaque, et pendant ce temps ils laissent passer des abominations qui ne sont pas censurées.

C'est un vrai préjudice: ça a annulé deux ans de travail. J'aimerais trouver le moyen d'en faire un gros pataquès. J'ai l'impression d'être la Erin Brockovich du téton… Mais ils ne peuvent pas continuer à régir entièrement nos vies. On a l'impression que c'est léger, superficiel, mais les personnes qui font appel à moi sont dans une souffrance émotionnelle dont je n'avais pas idée. Leur souffrance n'est pas entendue si on supprime ce genre de choses."

Propos recueillis par Paul Conge