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La congélation des ovocytes bientôt autorisée en France? "Pour moi, c'est une avancée comme la pilule"

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L'Académie de médecine a estimé que les femmes devraient pouvoir conserver leurs ovocytes si elles le souhaitent, en prévision d'éventuels problèmes de fertilité après 35 ans. Les sages souhaitent en effet éviter que les femmes aillent le faire à l'étranger au risque de dérives mercantiles. Aurélie, 39 ans, s'est rendue en Espagne l'an dernier pour faire vitrifier ses ovocytes. Elle raconte pour RMC.fr.

Aurélie a aujourd'hui 39 ans. En 2016, elle s'est rendue en Espagne pour faire vitrifier ses ovocytes.

"J'y pensais depuis l'âge de 36 ans. C'était à l'époque des articles sur Facebook et Apple qui voulaient aider leurs employées à vitrifier leurs ovocytes. J'avais aussi lu des témoignages sur Internet, j'ai fait pas mal de recherches parce que c'était quand même une somme et pas mal d'énergie à investir. Il faut aussi un moral d'acier.

Mais on sent que les années passent, on ne tombe que sur des branquignolles, ce n'est pas simple. Et je me suis dit que si je tombais sur le bon à un âge limite, ce serait un moyen de conserver plus longtemps ma fécondité. J'avais une vie de célibataire parisienne et ce n'est pas évident de trouver quelqu'un. Et quand on essaie de faire les choses bien, je me suis dit que c'était la bonne solution.

"C'est un aveu d'échec total"

J'ai donc décidé d'aller en Espagne. Ils ont tout un protocole simplifié, tout est fait pour vous faciliter la tâche et c'est assez tourné vers les étrangers et notamment vers les Français. Les médecins, les infirmières parlent en français, ils font vraiment bien les choses.

Quand je suis allée voir mon gynéco à 36 ans pour lui en parler, la première chose que j'ai faite a été de pleurer. Il pensait qu'il m'était arrivé quelque chose d'assez grave, mais en fait c'était juste la honte de dire que j'avais 36 ans, que je n'avais pas d'homme. C'était un aveu d'échec total où on a l'impression d'être un monstre, ou quelqu'un qui a raté quelque chose. Il y a une pression sociale abominable pour les femmes.

A partir de là, j'ai pris contact avec la clinique espagnole, je suis allée faire les premiers entretiens sur place. Et ensuite, c'est vous qui décidez quand vous enclenchez le processus.

J'en ai parlé à mes parents au dernier moment, car je savais qu'ils étaient contre. Comme j'étais sûre de moi, j'avais des arguments. J'en ai parlé à un cercle fermé, il n'y a pas eu d'explosion de joie, plutôt une réaction d'hésitation. Le fait d'aller en Espagne, c'est comme si c'était quelque chose d'illégal, de dangereux. Les femmes ont compris, mais les hommes pas du tout. J'aurais pu évidemment faire un enfant toute seule, mais pour moi l'enfant c'est le fruit d'un amour.

"Je suis contente pour les autres femmes"

Pour moi ça ne s'est pas très bien passé. Il y a eu des complications. On m'a vitrifié 5 ovocytes mais il en faut 9 minimum pour être sûr que ça marche. Mais j'ai aujourd'hui accepté le fait que je n'aurais sans doute pas d'enfant.

J'ai vu l'avis rendu par l'Académie de médecine. Je suis contente pour les autres femmes. Mais ça me fait un petit pincement. Je me dis que j'aurais pu éviter de faire des allers-retours en Espagne parce que c'est très compliqué. Quand vous commencez les piqûres et les prises de sang, ce n'est pas évident de s'échapper entre midi et deux pour les faire, envoyer ça en Espagne. C'est assez lourd. Le fait de partir seule, c'est difficile. Ça touche quand même les entrailles d'une femme, la maternité, ce n'est pas drôle.

Du coup c'est une bonne nouvelle parce qu'on était en retard par rapport aux autres pays européens. Pour moi, c'est une avancée comme la pilule, ça permet aux femmes d'avoir le choix. Je comprends que cela soit encore un sujet tabou et que les femmes puissent ressentir une certaine honte. Mais j'espère que les choses vont changer. Les femmes doivent pouvoir se sentir plus libres par rapport à leur fécondité".

Propos recueillis par Paulina Benavente