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"Le 'déconfinement' était une erreur de communication": un infectiologue appelle à ne pas refaire les erreurs de la première vague

Le Professeur Enrique Casalino, infectiologue et chef du service des urgences à l'hôpital Bichat à Paris, était l’invité de RMC ce lundi matin.

Des premiers effets du couvre-feu ou du confinement? Une sorte de “frémissement” des chiffres des courbes d’infection au coronavirus est observé en France. Va-t-on vers un tassemement de la courbe qui continue de grimper alors que 271 personnes sont mortes à l’hôpital sur les dernières 24 heures.

“Les mesures ont permis une forme de ralentissement de la progression de l'épidémie mais il est trop tôt pour juger”, a expliqué Olivier Véran dimanche.

"Augmenter le nombre de ventilateurs et de lits dans un pays comme le nôtre, ce n’est pas un problème. Le problème c’est le personnel"

Invité de RMC ce lundi matin, Enrique Casalino, infectiologue et chef du service des urgences à l'hôpital Bichat à Paris constate qu’il y a une “moindre demande de patients pour être hospitalisés” et une moindre demande en réanimation.

"Mais nous restons très pleins et très saturés. Nous avons déjà transformé des lits intermédiaires en lits de réanimation. Pour le moment nous avons toujours réussi à garantir aux patients l’accès aux soins mais ça commence à devenir contraignant (sic).
La grosse variable c’est le personnel. Augmenter le nombre de ventilateurs et de lits dans un pays comme le nôtre, ce n’est pas un problème. Le problème c’est le personnel. Un patient Covid ‘consomme’ deux voire trois fois plus de personnel qu’un patient non-Covid. Donc en réalité quand je ferme 100 lits classiques, je n’ouvre que trente-quarante lits Covid."

Il estime que la situation reste très tendue et rappelle que les infections sont beaucoup plus disséminées. Des opérations continuent d’être annulées mais Enrique Casalino assure que tout est mis en place pour maintenir la médecine quotidienne, notamment aux urgences.

“Si nous voulons regarder à l’horizon de Noël, il faut redoubler d’efforts et ne pas faire les erreurs de la première vague"

"Il y a eu des annulations de chirurgies non-vitales. Il y a un comité qui décide ce qui peut être reprogrammé. Sur le côté humain, je me mets à la place d’un citoyen, je comprends que c’est troublant. Tout ce qui est cancer, greffes, cette activité nous faisons tout pour la garantir. La médecine c’est aussi le quotidien, une infection, les gens ont besoin de pouvoir venir aux urgences et savoir qu’ils pourront être traités et dirigés vers des filières de soins de qualité. Ça représente un effort considérable et c’est quelque chose qui est garanti aujourd’hui."

Le bout du tunnel semble en revanche encore lointain:

"Si nous voulons regarder à l’horizon de Noël, il faut redoubler d’efforts et ne pas faire les erreurs de la première vague. On avait pensé confinement/déconfinement comme un interrupteur. Le déconfinement n’existe pas, c’était une erreur de communication. Je pense que nous aurons tous un Noël magnifique mais un Noël masqués, même avec nos familles. je ne suis pas certain qu'on puisse se déplacer librement dans toutes les régions, mais je ne suis pas certain qu'il faille pour cela mettre des contraintes, des lois. Je pense que chaque Français doit être conscient de sa responsabilité et de sa part dans la réussite collective contre le virus."
J.A.