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Le réveillon vous angoisse? C'est normal, "dire qu'on déteste Noël, c'est tabou"

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C'est tabou, mais oui, on peut détester noël. Du repas de famille incontournable aux cadeaux qui vexent, en passant par la pression qu'implique l'organisation d'un repas réussi, Noël peut vite être synonyme de tension. Roger Fiametti, auteur de "Les angoissés de Noël", revient pour RMC.fr sur ces angoisses du 24 décembre.

Roger Fiametti, auteur de Les angoissés de Noël (édition Josette Lyon).

"Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cette angoisse. Le premier, c'est le repas de famille. On est autour de la table avec les parents, les frères et sœurs, beaux-frères belles-sœurs… avec toutes les interactions émotionnelles qui sont toujours présentes, qui sont les mêmes que quand on était petit mais qui sont souvent refoulées et qui vont remonter au cours du repas. L'alcool et la nourriture aidant, ça peut se finir en pugilat.

L'angoisse la plus importante c'est ça: le fait d'aller encore à Noël chez les parents. Noël ça fait remonter pleins de souvenirs d'enfants. Il peut y avoir la nostalgie de ces Noëls d'enfant qu'on ne connaîtra plus. Et puis il y a tout ce qu'on a refoulé de l'enfance qui remonte: ma sœur a toujours été la préférée des parents, je suis toujours considérée comme la petite dernière… Toujours les mêmes vexations.

C'est un peu le bilan et le conseil d'administration annuels: 'je vais encore devoir comparer mes enfants avec ceux de ma sœur, - les siens qui réussissent tout et les miens qui ratent leurs examens'…

"Noël fait remonter les émotions refoulées"

Ça renvoie au jugement et à l'image que l'on a de soi-même. Et si les gens se sont disputés pendant l'année, ça créé encore plus d'angoisses: est-ce qu'il va falloir reparler du sujet qui fâche, comment va-t-on pouvoir faire semblant de rien…? C'est le malaise de se revoir alors qu'on a peut-être pas envie, mais on est quasiment obligé: si vous dites que vous ne venez pas à Noël, ça fait figure de rupture.

Sinon, il y a le repas chez les beaux-parents. C'est un rendez-vous qu'il ne faut pas manquer, il faut bien s'habiller, il faut paraître bien, il ne faut pas déraper pendant le repas, il faut avoir le bon cadeau etc. Ça créé là-aussi une forme de pression.

La pression, c'est aussi pour ceux qui organise le repas, avec la somme de tous les efforts qu'on doit réunir pour réussir cette fête. Qu'est-ce qu'on va manger, comment on va s'habiller…? Sans compter toute la problématique des obligations et des impératifs d'organisation: un tel doit manger comme ça, un tel n'aime pas tel plat, on ne peut pas mettre un tel à côté d'un autre…

"Dire qu'on n'aime pas noël, ça nous classe comme marginal"

Il y a le repas, le fait de voir la famille mais aussi les cadeaux. C'est LE gros sujet de Noël. Il y a l'angoisse de ce qu'on va bien pouvoir offrir. Le cadeau qu'on offre, c'est un peu l'estime qu'on porte à l'autre, et le cadeau qu'on reçoit c'est un peu l'image qu'ont les autres de nous. Si on reçoit un beau cadeau, on se dit: 'je suis important'. Mais si on reçoit un bête cadeau à 12 euros, on se dit: 'je compte pour du beurre'.

Noël, c'est aussi un jour où on compte les absents, ceux qui sont partis ou qui n'ont pas pu venir…Il y a l'angoisse aussi pour ceux qui ont perdu un proche, dont l'absence à cette occasion réveille les douleurs.

C'est tabou. Vous ne pouvez pas dire quand vous revenez au boulot après les fêtes: 'je déteste Noël, c'est une fête qui m'énerve'. Si vous dites ça, ça fait un peu marginal. Si vous dites que vous n'avez pas passer noël en famille, ça veut dire que vous êtes en dispute, que vous êtes un marginal qui ne s'entend avec personne".

Un marathon épuisant

Selon un sondage Opinion Way pour Amaguiz (1), réalisé en octobre 2016, plus d'un tiers des Français (35 %) ressentent la fête comme une obligation qu'ils redoutent et 45 % la décrivent comme un marathon épuisant.

Propos recueillis par Philippe Gril