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"Les assureurs ne sont aujourd'hui pas présents": l'inquiétude des restaurateurs face à la crise

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Stéphane Manigold, président du groupe Eclore et restaurateur à Paris, est venu demander aux assureurs de faire des efforts sur RMC ce mercredi matin.

Restaurateurs, hôteliers, agriculteurs, vignerons… Tout le secteur du tourisme et des métiers de bouche souffre particulièrement de cette crise du coronavirus qui a fait plus de 15.000 morts en France à ce jour.

Banques et assurances sont sommées par le gouvernement de "faire plus" malgré leurs annonces pour lutter contre la crise économique du coronavirus. Si les banques semblent jouer le jeu, les assureurs, eux, sont au centre des critiques. La semaine dernière, "Nous leur avons dit très clairement: vous ne faites pas assez", a lancé le ministre de l'Economie Le Maire cette semaine.

Les assureurs estiment avoir fait un "effort considérable" avec notamment 200 millions d'euros de contribution au Fonds national de solidarité en faveur des très petites entreprises et indépendants.

"Les assureurs ne sont aujourd'hui pas présents"

Mais la non-indemnisation des pertes d'exploitation des entreprises ne passe pas. Sans dommage matériel, les pertes de revenus ne sont pas remboursées, le risque d'épidémie étant d'ailleurs exclu de la quasi-totalité des contrats.

Stéphane Manigold, président du groupe Eclore et restaurateur à Paris, est venu dénoncer cela sur RMC ce mercredi matin. Il rappelle que le secteur de l'assurance représente 220 milliards d'euros de chiffre d’affaires pour les assureurs l’année dernière et qu'ainsi cette participation de 200 millions, puis 400, au fonds de solidarité est minime.

"Les assureurs ne sont aujourd'hui pas présents. Ces 400 millions, ça représente 170 euros par entreprise, ça ne va pas sauver les collaborateurs, ça ne va pas péréniser l'emploi, c'est ridicule.
Il faut croire que nos voisins allemands sont efficaces. Un ministre bavarois a obtenu après un bras de fer que 15 à 20% des pertes d’exploitation soient prises en charge par des assureurs après des négociations.
Je demande l'application contractuelle stricte des contrats d'assurance. Il ne s'agit pas de taper sur les assureurs. Certains assureurs indemnisent, mais pas assez."

Quid des loyers ?

Mickaël, restaurateur, est intervenu au 3216 et a témoigné de ses difficultés financières: "On a envie de travailler, je suis locataire de mon restaurant, je demande aux propriétaires de nous offrir nos loyers, ce qui serait une bouffée d’air par rapport à nos charges".

Stéphane Manigold estime en effet que le report de loyers n'est pas suffisant. "Le Code Civil prévoit la force majeure dans l’article 1218, ça suspend tous les contrats. De nombreux avocats nous soutiennent en cela". Par exemple si un bail se termine dans 36 mois, il pourrait se terminer dans 39.

"Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu'un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l'exécution de son obligation par le débiteur", énonce le Code Civil. 

Reste à voir si cet argument sera recevable devant la justice et si les propriétaires assurés contre les impayés de loyer peuvent se le permettre. "Nous sommes dans une situation dramatique et chaque partie doit faire des efforts", conclue Stéphane Manigold.

J.A.