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Les fumeurs moins touchés par le coronavirus: la nicotine "protégerait"-elle du Covid-19?

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Selon des médecins, la nicotine pourrait empêcher le virus de se fixer sur les récepteurs cellulaires. C'est ce que démontrent plusieurs études à travers le monde. Et notamment une nouvelle étude française, réalisée à La Pitié Salpêtrière.

La nicotine pourrait avoir un effet protecteur contre l'infection par le nouveau coronavirus, avancent des chercheurs en France où des essais préventifs et thérapeutiques vont être entrepris avec des patchs à la nicotine, à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris.

Dans son étude, l’équipe de médecins et de chercheurs a observé que sur 343 patients hospitalisés atteints de Covid-19: seuls 4,4% étaient des fumeurs quotidiens. Alors que le même taux de fumeurs dans la population française est généralement évalué autour de 25%. Ce qui signifie qu’il y aurait entre 4 et 5 fois moins de risque pour les fumeurs d’attraper le virus, affirme l’équipe médicale. 

Le médecin généraliste Jean-François Corty l'explique avec précaution: "Peut être que la nicotine bloquerait certains récepteurs de certains molécules qui engendrent cette réponse inflammatoire et disproportionnée qui pousse des patients vers la réanimation et parfois vers la mort. On peut imaginer que la nicotine peut être un élément dans la prise en charge des malades".

Pour vérifier s’il s’agit bien d’un effet probable de la nicotine, des essais thérapeutiques vont être approfondis. Le rôle central du récepteur en question, le "récepteur nicotinique de l'acétylcholine", dans la propagation du virus, expliquerait notamment la variété des symptômes du Covid-19, dont la perte d'odorat et des troubles neurologiques, avancent les chercheurs. 

Une supposition intéressante mais à magner avec prudence, comme le rappelle le ministre de la Santé Olivier Véran. "Un non-fumeur qui met un patch de nicotine va le ressentir tout de suite: des vomissements, des étourdissements, les malaises... Ce n'est certainement pas un traitement, ce n'est pas une auto-médication. Et ce n'est pas une voie d'entrée de consommation du tabac qui est un produit addictif" a-t-il rappelé, rejoint par Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé.

"Il ne faut absolument pas oublier les effets néfastes de la nicotine. Il ne s'agit ici que d'une hypothèse scientifique. Nous déconseillons fortement à la population de reprendre la cigarette, ceux qui étaient fumeurs et sont passés non-fumeurs ne doivent évidemment pas reprendre. Quant à ceux qui ne fument pas, ils ne doivent pas avoir recours à des traitements nicotiniques. La recherche doit être encouragée, la recherche doit progresser mais j'encourage les Français à ne pas confondre piste de recherche et fait établi" a-t-il précisé dans son point quotidien sur l'épidémie.

Si d’autres études vont effectivement dans le même sens, l’équipe médicale rappelle qu’il ne faut pas conclure pour autant que la fumée du tabac protège du coronavirus: elle pourrait avoir un effet aggravant pour les fumeurs infectés comme sur toutes les pathologies pulmonaires. Le tabac reste à ce jour le premier facteur de mortalité en France avec 75.000 victimes par an.

Fumer altère les poumons et ce n'est pas bon pour la santé (cancers, accidents cardiaques...), rappellent les médecins pour dissuader de se précipiter au bureau de tabac.

Lionel Dian et Margaux Bédé