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"Les gens ne se rendent pas forcément compte": immersion dans une unité de réanimation

REPORTAGE RMC - Les services de réanimation sont plus en plus saturés à travers la France.

Sans applaudissements, les soignants affrontent sans broncher la troisième vague de l'épidémie. Plus de 4.700 personnes sont hospitalisées en réanimation, le record de la deuxième vague se rapproche de jour en jour. La saturation touche l'Île-de-France, mais aussi la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et les Hauts-de-France. Dans cette région, les hospitalisations ont dépassé les niveaux atteints lors des deux premières vagues.

Pour faire face, 80% de déprogrammation en Île-de-France vont être "sans doute nécessaire", prévient Olivier Véran. En IDF, 1.400 malades sont actuellement hospitalisés en réanimation.

Soit un taux d'occupation de 123%. En Seine-et-Marne ce taux atteint même 240%. L'AP-HP espère porter sa capacité de réanimation à 2.250 lits, plus du double que la normal.

Le profil des patients en réanimation change. Le ministre confirme qu'ils sont "plus jeunes, parfois sans aucune sans comorbidité". L'hôpital est à bout de souffle et les soignants aussi. Leur moral oscille entre lassitude et agacement. Immersion avec l'équipe de réanimation du centre hospitalier de Melun, en Seine-et-Marne.

"Là, vraiment, on en a marre, il faut que ça s'arrête"

Comme un jour sans fin. Depuis un an, dans ce service de réanimation flambant neuf. Médecins et soignants affrontent les vagues successives, et la lassitude les gagne. Patricia, jeune infirmière de 28 sature.

"Là, vraiment, on en a marre, il faut que ça s'arrête. C'est la même chose tout le temps. On n'arrive pas à décompresser, que ce soit ici ou à la maison, on n'entend parler que de ça. Là, c'est vraiment usant."

Toujours la même maladie, les mêmes soins, les mêmes protocoles... Cette répétition épuise les équipes, qui ne sont pas encore certaines de pourvoir prendre des vacances à Pâques. Amélie, infirmière, n'a pas posé de congé depuis les fêtes de fin d'années.

"On projette, on a envie de retrouver notre famille. On parle Covid, on vit Covid, on mange Covid... On n'en peut plus."

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"On sait très bien qu'à l'extérieur que les gens ne se rendent pas forcément compte de ce que c'est ici"

Un coup d'autant plus difficile à accepter que le soutien de la population n'est plus le même qu'en mars dernier. Et surtout, Nassima, cadre de santé, voudrait voir des comportements plus responsables.

"On nous a applaudi il y a un an. Mais là en effet, qu'on nous encourage pas que par des applaudissements ça nous réchaufferait le coeur. Mais aussi par une prise de conscience de la population. Ca met en colère. A quel moment les gens vont comprendre qu'on est fatigués et qu'on ne pourra pas sauver tout le monde?"

Mais les règles deviennent de plus en plus difficiles à respecter, concède Amélie, infirmière en réanimation depuis 14 ans.

"Rien que dans mon foyer on est partagés. Ca m'agace car je sais qu'il faut passer par la case confinement dur, vaccination, gestes barrière. Mais les gens en ont marre, on peut comprendre. Nous on voit le pire, on sait ce que ça peut être. Mais on sait très bien qu'à l'extérieur que les gens ne se rendent pas forcément compte de ce que c'est ici."

Après la première vague, dans ce service, 10 infirmiers sur 60 ont quitté leur poste. 

Azaïs Perronin et Caroline Philippe (avec J.A.)