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Les pubs TV pour enfants bientôt interdites? "Ils vont piquer une colère si on leur refuse un produit"

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- - Valéry Hache - AFP

Le sénat examine en deuxième lecture à partir de ce mercredi 7 décembre un projet de loi visant à interdire la publicité dans les programmes jeunesses des chaînes du service public. Une demande de longue date de l'association R.A.P, résistance agression publicitaire, pour qui c'est une "question de santé publique".

Khaled Gaiji, est le président de l'association R.A.P, résistance agression publicitaire, qui se mobilise depuis 2009 pour une interdiction de la publicité dans les programmes jeunesse de la télévision.

"En matière de publicité, les risques sont encore plus grands pour les enfants que pour les adultes. Elle créé une dépendance à des produits de l'industrie agroalimentaire qui sont trop gras, trop sucrés et trop salés. A moins de 7 ans, un enfant en peut pas différencier la réalité de la fiction: une publicité, ce n'est pas clair pour lui et il y a un pouvoir d'influence très fort. A 13 ans, il comprend un peu plus et peut prendre de la distance vis-à-vis des pubs, mais pas avant.

C'est une question de santé publique, car les trois quarts des publicités en direction des enfants sont pour ces produits. Au Québec, on a justement interdit toute forme de publicité ciblée vers les enfants pour lutter contre l'obésité infantile et le diabète: cette interdiction aurait entraîné une baisse d'un tiers du nombre d'enfants obèses. Même chose en Suède et en Norvège.

"L'enfant a une influence très forte sur ses parents"

Ce ne sont pas les enfants qui achètent les produits, c'est vrai. Mais de plus en plus les publicitaires développent le concept de l'enfant prescripteur: l'enfant a une influence très forte sur ses parents et il arrive très facilement à les convaincre de lui acheter un produit. En terme de publicité, il y a des techniques pour créer de la frustration et des dysfonctionnements psychologiques chez les enfants qui font que, quand ils sont dans un supermarché, ils vont piquer une colère si on leur refuse un produit. Au final, ses parents vont lui offrir ce produit pour le calmer. On voit ça notamment dans un reportage québécois qui s'appelle Les enfants de la surconsommation, qui démontre que des publicitaires fondent leur stratégie marketing sur la création d'une frustration.

"Donner le choix aux parents"

II y a une incohérence assez grave de la part du service public d'avoir des politiques de lutte contre l'obésité ou le diabète et d'avoir des espaces publicitaires pour ce genre de produits sur ses chaînes. Nous demandons au minima que les parents aient le choix de ne pas se faire imposer de la publicité pour leurs enfants, car aujourd'hui, à part si on n'a pas de télé à la maison, on n'a pas le choix. Là, s'il n'y en a plus sur les chaînes publiques, cela permettrait d'avoir une alternative sans mettre en danger les industries ou une chaîne comme Gulli (privée), qui ne serait donc pas menacée".

Propos recueillis par Philippe Gril