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Les urgences le soir du 31: "Avec l'alcool, les gens ont tendance à faire des abus"

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Les médecins urgentistes s'attendent à une nuit chargée ce samedi 31, soir du réveillon. Pour RMC.fr, Christophe Prudhomme, médecin urgentiste en Seine-St-Denis, nous raconte cette nuit particulière et évoque ses craintes, alors que le personnel hospitalier est déjà sur la brèche.

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste en Seine-St-Denis, porte-parole de l’Amuf, l’association des médecins urgentistes de France.

"Le soir du 31, il y a une activité assez dense, oui. Qui dit activité festive dit risque d'accidents, principalement des accidents domestiques ou des accidents de la route. Et puis les gens ont tendance à faire des abus. Les gens qui arrivent alcoolisés, ce n'est pas le plus grave. Le coma éthylique, ce sont les gens qui boivent une bouteille de vodka en une heure de temps, ça n'est pas la pratique française et ça n'a pas cours le soir du réveillon.

L'aspect festif c'est plutôt d'abuser de l'alcool sur plusieurs heures, avec des états de désinhibition, avec des gens qui deviennent incontrôlables, agressifs et qui vont chercher la bagarre pour un rien. Donc il est clair que l'alcool est facteur d'accidents divers et variés.

"D'abord les accidents domestiques, puis les accidents de la route"

C'est vrai qu'on a de tout le 31, mais ce sont souvent des accidents domestiques. Pour le 24 décembre, mes collègues qui prennent les appels, attendaient le premier appel "Lego", pour un enfant qui en a avalé une pièce. Là, le 31, on sait qu'on va avoir des gens qui se sont blessés en ouvrant les huîtres. Ce sont aussi les coupures avec un verre ou une bouteille qui se cassent ; ou bien on s'énerve et on passe la main à travers une vitre… J'ai souvenir aussi de personnes faisant un barbecue dans leur garage et qui ont intoxiqué au monoxyde de carbone les gens qui dormaient au-dessus. Ces accidents domestiques nous occupent en première partie de nuit.

Et puis en deuxième partie de nuit, on a les accidents de la route, souvent des cas dramatiques. Les gens veulent rentrer, ils s'entassent dans les voitures et ça se termine mal. Déjà quand on abuse de l'alcool dans un intérieur sécurisé, dans une maison, il y a des risques, alors quand on prend la voiture le risque est multiplié par 100. Le conseil, c'est vraiment de passer la nuit sur place.

"On essaie de trinquer quand on peut"

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas forcément la journée la plus chargée pour nous. Là où on a le plus d'appels, c'est lors des ponts et des week-ends prolongés en période d'épidémie de grippe et de gastro-entérite. Les gens n'arrivent pas à trouver de médecins généralistes et viennent aux urgences. Notre chance cette année, c'est que les réveillons tombent un week-end.

Nous, le personnel, on essaie de trinquer un peu. Chacun amène un petit quelque chose, et on essaie de rester par petits bouts ensemble: un quart d'heure par-ci, un quart d'heure par-là…. Mais c'est difficile, ce sont des périodes où l'on n'a pas vraiment le temps de se reposer.

"Notre angoisse? Qu'un membre du personnel ne puisse pas venir"

On sait que le premier de l'an il va y avoir plus d'activités, ce n'est pas ça notre angoisse, ça on sait gérer. Même s'il y avait un attentat, les équipes sont psychologiquement préparées. Notre grande crainte, c'est qu'à la dernière minute il y ait des membres du personnel qui ne puissent pas venir parce qu'ils sont malades. Vu qu'on est déjà à flux tendu, ce serait encore plus dure que d'habitude. C'est l'angoisse de toute équipe dans un service d'urgence ou un Samu aujourd'hui.

Pour nous, le quotidien est de plus en plus difficile, c'est ça le plus dur à supporter. Les soignants sont épuisés. Ils vont se mobiliser évidemment pour la soirée du réveillon, mais on sait que ça va être très critique pendant l'épidémie de grippe".
Propos recueillis par Philippe Gril