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Les victimes de la Dépakine attendent toujours leur indemnisation, dix ans après le scandale

Les victimes de la Dépakine, cet antiépileptique produit par Sanofi et prescrit à des femmes enceintes, attendent toujours leur indemnisation.

La Dépakine est un médicament prescrit aux personnes atteintes d’épilepsie. Vendu par le laboratoire Sanofi depuis la fin des années 1960, ce médicament est au cœur d’un scandale sanitaire. Les études ont montré qu’il est à l’origine de malformations et de troubles neurologiques majeurs chez les enfants à naître. Sauf que les femmes enceintes l'ignoraient, car ce n’était pas écrit dans la notice.

Ce scandale a été révélé en 2011 par Marine Martin, épileptique et maman de deux enfants victimes. Son aîné a 20 ans aujourd’hui: "On s'est beaucoup battu pour qu'il continue à être scolarisé à l'école et fasse ses études mais malheureusement, au quotidien, il reste très dépendant. On est obligé de l'accompagner parce qu'il se fatigue très vite, il a un trouble de l'attention et des troubles des interactions sociales qui font que ce n'est pas facile pour lui de gérer un foyer".

Depuis dix ans, Marine se bat. Elle a monté une association, elle a fait condamner l’Etat et le laboratoire Sanofi pour défaut d’information, et elle a obtenu la mise en place d’un fonds d’indemnisation.

Une indemnisation qui tarde à venir

Mais les indemnisations réclamées tardent à venir. Le dispositif à l’amiable, indépendant de toute procédure judiciaire, est géré par l’ONIAM, l’Office national d'indemnisation des victimes d’accidents médicaux. Il est censé être plus rapide et moins coûteux que de passer devant les tribunaux. Ça, c’est sur le papier. Parce que Marine a déposé son dossier en 2018, et quatre ans plus tard, il n’est toujours pas traité. Et elle est loin d’être la seule.

"Aujourd'hui dans mon cabinet, on a environ 660 dossiers qui ont été déposés et 35 seulement ont été indemnisés. Les victimes ont besoin d'être indemnisées. Demain matin, qui va les emmener à l'école, financer les AVS et les aides dont les enfants ont besoin?", s'interroge Charles Joseph-Oudin, l'avocat de Marine et d'autres victimes. "Si l'ONIAM ne joue pas le jeu, nous ferons condamner l'ONIAM", prévient-il.

Pourquoi cela prend autant de temps?

Si cela prend autant de temps, c'est parce que l’instruction des dossiers est interminable. Et c’est ce que dénonce Marine Martin en tant que présidente de l'APESAC, l’association des victimes de la Dépakine.

"L'ONIAM a finalement tout fait pour ralentir l'indemnisation des familles en leur demandant des tonnes de papier. Elle pinaille sur les factures de couches, sinon elle n'en rembourse qu'une par jour. C'est plein de petits documents comme ça que les familles n'ont plus aujourd'hui. Certains enfants Dépakine ont 30 ans aujourd'hui", rappelle Marine.

RMC a sollicité l'ONIAM à de nombreuses reprises en une semaine. L’organisme a préféré rester silencieux. Son ministère de tutelle, celui de la Santé, a lui aussi choisi de ne pas répondre aux questions.

Un rapport sénatorial publié fin septembre dénonce pourtant un dispositif dysfonctionnel, avec un délai moyen de traitement des dossiers de près de trois ans, qui décourage les victimes. Seules 850 familles ont fait une demande d’indemnisation, sur 30.000 victimes estimées de la Dépakine.

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Amélie Rosique, Elise Denjean, Joanna Chabas