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"Leur organisme se retourne contre lui-même": comment expliquer les morts d'adolescents atteints du coronavirus?

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En deux jours, deux jeunes patients âgés de 12 et 13 ans sont morts des suites du coronavirus en Europe. Alors que l'on pensait la maladie bénigne chez les plus jeunes, la situation a-t-elle évolué? Docteur Benjamin Davido, médecin infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, était l'invité de RMC.

"On n'a jamais vu une maladie où un malade sur quatre hospitalisé nécessite une réanimation": Docteur Benjamin Davido, médecin infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, a fait le point sur le coronavirus en France. 

Interrogé sur cette épidémie qui continue de progresser en France et qui a fait près de 500 morts en une seule journée dans les hôpitaux, il est notamment revenu sur les morts de plusieurs jeunes patients, des adolescents âgés de 12, 13 ou 16 ans. 

Ainsi, un adolescent britannique de 13 ans est mort lundi après avoir été testé positif au nouveau coronavirus. Selon sa famille, il n'était atteint d'aucune pathologie sous-jacente. Quelques heures auparavant, on apprenait la mort d'une adolescente de 12 ans, en Belgique: il s'agit de la plus jeune victime recensée dans un pays européen. La semaine passée, c'est Julie, une jeune Française de 16 qui perdait la vie. 

"Mortalité de 0,1% chez les moins de 40 ans"

Alors que l'on pensait la maladie bénigne chez les plus jeunes, la situation a-t-elle évolué?

"Ces cas sont bien évidemment exceptionnels, malheureusement. On peut également noter un cas de 14 ans au Portugal. On voit apparaître ces cas chez des enfants, des adolescents, qu'on pensait invulnérables vis-à-vis de cette maladie. Leur nombre est infinitésimal par rapport aux autres décès. Nous savons aujourd'hui que la part de mortalité est de 0,1% chez les moins de 40 ans. On voit bien qu'il y a un gradient avec l'âge, mais nous allons voir d'autres cas dans les jours à venir" explique Docteur Benjamin Davido.

"L'organisme se retourne contre lui-même"

Mais comment expliquer des situations aussi sévères que soudaines?

"Ils développent des formes sévères, sans forcément avoir de comorbidité. On sait au contraire que chez les adolescents qui vont plutôt bien, c'est un 'emballement de la machine', on appelle cela un choc cytokinique. C'est un orage, une cascade de protéines de l'inflammation, une violente réponse inflammatoire du système immunitaire. En voulant se défendre, l'organisme se retourne contre lui-même. On va avoir tout un tas de cellules d'immunité, comme du collagène, qui va entrer dans les poumons et créer une forme de fibrome. Au lieu de nettoyer, le poumon va s'enmagasiner des globules blancs et va créer une défaillance respiratoire".

Le nouveau coronavirus a tué plus de 43.000 personnes dans le monde, dont les trois quarts en Europe, et la pandémie, qualifiée par l'ONU de pire crise à laquelle l'humanité ait été confrontée depuis 1945, menace désormais de submerger les Etats-Unis. Deuxième pays du monde le plus endeuillé par la pandémie, l'Espagne a annoncé mercredi avoir enregistré un nouveau record quotidien de 864 morts en 24 heures, passant la barre des 9.000 morts.

En France, l'épidémie a tué 3.523 personnes hospitalisées et le nombre de patients en réanimation a plus que doublé en une semaine pour dépasser mardi soir 5.500 malades nécessitant des traitements lourds.

Xavier Allain