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"Maison de l'horreur" dans le Pas-de-Calais: quel avenir pour ces enfants victimes de maltraitances?

La semaine dernière, une "maison de l'horreur" a été découverte dans le Pas-de-Calais. Un couple a fait vivre, pendant des années, un enfer à ses dix enfants. Comment ces maltraitances ont-elles pu passer sous radar? Comment alerter? Que va-t-il se passer pour eux? Explications avec Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne, invitée sur RMC ce lundi.

Le couple a fait vivre un enfer à ses dix enfants pendant des années. L'un d'eux a alerté les autorités, fin août, après s'être fait renvoyer du domicile familial, à Noyelles-Sous-Lens (Pas-de-Calais). Quand la police est arrivée, elle a découvert la fratrie dans un état d'hygiène déplorable. Ils auraient été maltraités, laissés à l'abandon, violentés, ligotés...

Immédiatement, sept d'entre eux, les mineurs, ont été pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance et placés provisoirement. Comment cette situation a-t-elle pu tenir pendant tant d'années sans que personne ne s'en aperçoive? Les enfants étaient, d'ailleurs, scolarisés.

"Il arrive très fréquemment que les difficultés intra-familiales soient difficiles à percevoir, parce qu’un enfant, même maltraité, aime son parent plus que tout et veut se faire aimer de son parent. Il ne parlera pas, il ne témoignera pas", explique Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne à Paris, invitée d'"Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story.

De possibles défaillances dans le suivi

Pour autant, il pourrait y avoir eu des défaillances dans le suivi de cette famille. "Il y a dix enfants, l'aîné a 24 ans, ça veut dire que la maman l’a eu quand elle avait 16 ans. Elle a bien accouché quelque part, il y a des suivis, la PMI, les sages-femmes, les enfants doivent se faire vacciner et aller chez le pédiatre. Comment on a pu passer à ce point-là, au travers la souffrance de dix enfants, étalée sur 24 années?", s'interroge la psychologue.

Johanna Rozenblum tient à rappeler aux professionnels de santé et à ceux qui travaillent auprès des enfants qu'ils peuvent faire des signalements. "Depuis 2007, on peut échanger entre professionnels de santé en levant le secret médical, c’est-à-dire que vous ne serez pas en danger, vous ne serez pas accusé ou mis à mal si entre professionnels de santé, vous demandez l’aide d’un collègue ou d’un confrère, au sujet d’un enfant qui vous alerte."

"Il faut absolument s'occuper de ces jeunes-là"

Dans le cadre de l'école, il y a la Crip. "C'est la cellule de recueil des informations préoccupantes. Il y en a dans chaque département en France. Vous pouvez appeler, anonymement, juste pour poser des questions, vous informer sur les démarches à faire et éventuellement passer à l’étape d’après ou donner suffisamment d’éléments pour que la Crip se saisisse de la situation."

Afin que les enfants ne restent pas traumatisés à vie de ces événements, ils vont devoir être accompagnés.

"Si l’enfant et le stress post-traumatique complexe ne sont pas pris en charge, ce sont des adultes qui pourront être en souffrance et qui pourront répéter des maltraitances qu’ils ont connu dans l’enfance. Il faut absolument s’occuper de ces jeunes-là."

La verbalisation de ces faits "sera plus simple pour les adultes". Pour les plus jeunes, des techniques existent pour en savoir un peu plus sur leur mode de vie. "Il suffit d’observer leur comportement, s'il y a des manifestations de protection, de défense, des retards psychomoteurs".

Une enquête administrative pour mieux comprendre

Cela passe également par des jeux symboliques. "On leur donne des petites figurines ou des voitures, des petits objets, et juste en observant, on va les voir recréer ce qui est pour eux un quotidien normal."

Les parents ont reconnu les faits et seront jugés le 24 janvier. Une enquête administrative va être diligentée pour "mieux comprendre les difficultés et les défaillances qui ont conduit à cet enchaînement de non-réaction", affirme Charlotte Caubel, secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance, qui se rend sur place ce lundi.

A.B