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Manifestations, émeutes, pillages… Pourquoi le Sénégal s’est-il enflammé?

EXPLIQUEZ-NOUS - Le Sénégal est en proie à de violentes émeutes depuis près d’une semaine. Les blindés de l'armée se sont déployés dans la capitale et la communauté française est incitée à la prudence.

Les 20.000 Français qui vivent au Sénégal sont invités à éviter tout déplacement inutile et à rester vigilants. Les écoles françaises sont fermées pour la semaine, les agences d’Air France aussi. Une quinzaine de magasins Auchan ont été pillés à travers le pays. Des stations d’essence Total ou des chantiers de l’entreprise Eiffage ont également été pris pour cible.

Pourquoi ? Parce qu’on assiste à un mouvement de colère de la jeunesse contre le président Macky Sall. Et les manifestants reprochent à la France de soutenir ce président, et ils reprochent à ce président d'être trop proche de l’ancienne puissance coloniale. De laisser les entreprises françaises s’emparer des principaux marchés et de recoloniser l’économie sénégalaise. D’où ces mouvements de colère anti-français.

Mais c’est surtout l’arrestation d’un opposant qui a mis le feu aux poudres

C’est d’abord une affaire Sénégalo-Sénégalaise. L’opposant s’appelle Ousmane Sonko. Il a 46 ans, il est député, principal leader de l’opposition, sérieux candidat à la prochaine présidentielle. Il fait l’objet d’une plainte pour viol déposée le mois dernier par l’employé d’un salon de beauté où il a l’habitude de se faire faire des massages pour soulager son mal au dos.

Mercredi dernier, un juge a convoqué le député. Il a d’abord refusé de répondre à la convocation puis finalement, il s’est rendu au tribunal. Sauf qu’il était accompagné par un cortège de ses partisans très démonstratif et décidé à faire pression sur la justice. La police est alors intervenue pour arrêter Ousmane Sonko pour incitation à l’émeute.

Et c’est justement ce qui a déclenché les émeutes. D’abord à Dakar puis dans tout le pays. On compte déjà 5 morts. Des scènes de guérilla urbaine ont opposé des jeunes manifestants aux forces de l’ordre. Et on a vu des images troublantes. Des hommes armés en civil qui tiraient sur la foule dans les ruelles de quartier populaire de Dakar, ou bien des hommes armés de gourdins qui se tenaient aux côtés des policiers.

Le calme est un peu revenu lundi

Ousmane Sonko a finalement été libéré lundi. Il a été présenté à un juge d’instruction qui l’a mis en examen pour le possible viol au salon de massage mais il a été remis en liberté et il est rentré chez lui. Il dénonce un complot politique ourdi contre lui par la présidence.

Mais le traumatisme est énorme. Le Sénégal c’est le pays le plus stable de la région. Il n’avait pas connu pareilles scènes de violence depuis plus de dix ans. L’ONU, l’Union africaine et l’Europe se sont montrés très inquiets. Craignant que le pays bascule dans la violence parce que la colère de la rue reste entière. Des manifestations sont encore prévues cette semaine.

Mais la vraie cause de cette crise c’est le coronavirus

L'épidémie et la crise économique qu’elle entraîne entraînent ces violences. Le couvre-feu a porté des coups terribles à l’économie parallèle. C’est à dire au travail au noir, aux petits commerces de rue. Lorsque cette économie s'arrête, il n’y a pas de filet de sécurité. Les jeunes qui perdent leur emploi n’ont tout simplement plus de quoi se nourrir.

Une personnalité respectée de la vie politique sénégalaise, le médiateur de la république a résumé la situation. Le couvercle de la marmite est en train de sauter, à cause des béantes inégalités sociales.

Et il a rappelé ce qui se passe lorsque le Sénégal va mal: les jeunes traversent la mer pour tenter de rejoindre l’Europe clandestinement. Ils traversent sans bouée de sauvetage et ils servent d’aliments aux poissons... 

Nicolas Poincaré (avec J.A.)