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Moi, Nadine, accompagnante sexuelle: "les handicapés ont aussi des besoins affectifs et sexuels"

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- - Flickr/CC/Svennevenn

L'Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (APPAS) a mis en ligne, il a quelques semaines, une pétition demandant à l'Etat à ce que l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie soit reconnu. Si cette pratique existe, elle est, pour l'heure, considérée comme une activité prostitutionnelle. Ce que déplore Nadine, secrétaire adjointe de l'APPAS et elle-même aidante sexuelle.

Nadine, 55 ans, secrétaire adjointe et accompagnante sensuelle et sexuelle formée par l'APPAS:

"Je suis venue à cette activité après un long parcours personnel, mêlant l'intérêt pour la sexualité en général et l'intérêt pour tout ce qui est psychothérapie, psychanalyse, analyse personnelle. C'est, en 2009, à travers une série d’émissions consacrées à l’accompagnement sexuel en Suisse, que j'ai pris connaissance pour la première de l'existence de cette activité. Sans qu’il ne s’ensuive pour autant un engagement particulier.

En 2015, j'ai eu vent de l'existence de l'APPAS et de la formation d'accompagnant sexuel proposée. Je m'y suis donc inscrite et je pratique donc l'accompagnement depuis cette période. Cette formation ne se déroule pas au sein d'une école, ce n'est pas universitaire. Elle est dispensée par des gens d'univers différents: des juristes, des sexologues, des accompagnants expérimentés, un ostéopathe… C'est à la fois un mélange de témoignages et de théories concernant tout ce qui touche au handicap.

"Du cas par cas"

Dans la pratique, les personnes demandeuses remplissent une fiche sur le site de l'APPAS. Celles-ci sont ensuite réparties en fonction des différentes régions et selon les accompagnants et accompagnantes, parce que cette activité est aussi masculine. Depuis 2015, à l'APPAS, nous avons reçu près de 600 demandes d'accompagnement sexuel. Malheureusement, faute de personnes suffisamment formées, beaucoup de demandes ne sont pas satisfaites. En effet, à l'heure actuelle, seules 35 personnes ont été formées à l'accompagnement sexuel et toutes n'exercent pas.

Les handicapés ne sont pas seulement handicapés, se sont avant tout des hommes et des femmes, jeunes ou moins jeunes, issus de telle ou telle classe sociale, … Les réactions et les demandes sont donc bien différentes à chaque fois. Tout dépend de comment la personne vit son handicap. Tout dépend de si c'est un handicap de naissance ou suite à une maladie ou un accident. Tout dépend de sa condition matérielle, de sa condition physique, de sa condition intellectuelle, de son cadre affectif… L'accompagnement, comme en psychothérapie, est vraiment du cas par cas.

"Nous sommes là pour apporter du mieux-être aux gens"

Avant le 'passage à l'acte', il y a toute une série d'échanges, de rencontres. On voit si le feeling passe et si ça ne passe pas, il n'y a pas d'accompagnement. Nous ne sommes obligés à rien. Nous sommes là pour apporter du mieux-être aux gens. C'est donc pour que ça se passe bien. Si on sent que ça ne va pas le faire avec la personne que l'on rencontre, on ne le fait pas. Mais les personnes en situation de handicap ont des besoins comme les autres. Chaque personne a une vie affective et sexuelle.

Cette activité est rémunérée. L'APPAS recommande 150 euros pour 1h30 mais c'est à la discussion de chacun. En revanche, nous ne sommes pas des escorts donc nous ne sommes pas un catalogue de pratiques. Cependant, je comprends que certains considèrent cela comme de la prostitution déguisée. Mais ça m'est égal. Je l'assume complètement. Pour moi, la question n'est pas là. Rabâcher qu'il s'agit de prostitution est le seul argument que l'on nous renvoie dans la figure. Ça ne vole donc pas bien haut.

"Arriver à ce que ce sujet ne soit plus tabou"

Si on prend l'accompagnement sexuel par ce biais-là, on ne risque pas de faire avancer les choses. C'est pour cela que nous avons lancé notre pétition: pour essayer de faire bouger les lignes. On parle toujours des personnes en situation de handicap par rapport aux mêmes choses: l'accessibilité, le travail, les quotas dans les entreprises, etc. Mais on ne parle jamais leur vie affective et leur vie sexuelle. Or, quand on côtoie ces personnes-là, on voit bien que c'est un véritable problème. Il faut donc arriver à ce que ça ne soit plus tabou.

Leur vie affective se limite, la plupart du temps, à la vie qu'ils partagent avec leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs cousin(e)s, éventuellement des amis s'ils ont la chance d'en avoir. Pourtant, ils ont un besoin d'échanger avec d'autres personnes que la famille, d'être touchés par d'autres personnes que des soignants, d'être regardés différemment, d'avoir de la sensualité… Ça me paraît donc énorme que l'accompagnement sexuel ne soit pas reconnu en France. On ne demande pas à ce que ça soit pris en charge pas la sécurité sociale. On demande seulement un statut, qu'à terme cela puisse être un métier comme ostéopathe, infirmière… Mais pour l'heure, tout le monde s'en fout. Et c'est bien dommage".

NB: pour signer la pétition en ligne, c'est ici

Propos recueillis par Maxime Ricard