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"Nous ne pouvons plus fermer les yeux": des médecins alertent sur la hausse des nouveau-nés sans abri

Trois semaines après avoir accouché, Djeneba s'est retrouvé à la rue avec son enfant. À Paris 700 enfants dorment dehors chaque soir.

"Libres et inégaux... Naître sans toit en France en 2019". C'est le titre choc d'une tribune publiée dans Le Parisien ce dimanche par une centaine de médecins, personnels soignants et travailleurs sociaux pour dénoncer les mères de famille sans domicile qui accouchent chaque année dans les maternités de France.

"Elles sont enceintes, jeunes accouchées avec leur bébé dans les bras, souvent seules, étrangères, prises en charge par une maternité française et elles sont sans domicile" précise le texte. 

C’est le cas de Djeneba, sans-papier ivoirienne qui vit actuellement chez une hébergeuse solidaire en banlieue parisienne avec son mari et son enfant âgé d’un mois : "Ça fait trois ans maintenant que l’on est dans la rue", explique-t-elle au micro de RMC.

Elle a accouché à la maternité Port-Royal à Paris. SI l’accouchement s’est bien passé, elle s’est retrouvé à dormir à même le sol dans le hall de l’hôpital. Au bout de trois semaines, Djeneba a dû quitter l'établissement. Pas de place d'hébergement disponible au 115. Saturé.

"Quand on appelle on nous dit qu’il n’y a pas de place ; je suis fatiguée de les appeler tous les jours". Parfois Djeneba pense au pire : "Peut-être que je vais mourir pour laisser le bébé".

"Le samu social est saturé, des places d'hébergement doivent être débloquées"

Des situations dramatiques auxquelles Chiraz, sage-femme à l'hôpital Saint-Joseph à Paris, est confrontée de plus en plus régulièrement. Elle a co-fondé l'association "Un petit bagage d'amour", une association d’aide aux femmes enceintes dans la grande précarité.

"Nous ne pouvons plus fermer les yeux face à cette situation dramatique. Ce sont des mamans avec leurs nouveaux nés, des femmes enceintes vulnérables à la rue et ce n'est pas acceptable. Aujourd’hui le Samu social est saturé, des places d'hébergement doivent être débloquées. L'Etat doit prendre ses responsabilités, on ne peut plus laisser des familles, des enfants en bas âge à la rue", assure-t-elle à RMC.

D'après les derniers chiffres publiés par le Samu Social, 700 enfants dorment actuellement dans la rue chaque soir à Paris, et 160 dans le département de Seine Saint Denis.

Marie Monier (avec G.D.)