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Obligatoire dans plusieurs pays mais pas en France: pourquoi les autorités ne recommandent-elles pas le masque FFP2?

Le Haut conseil de santé publique ne s'est pas dit favorable à une généralisation du masque FFP2 en France, pourtant plus protecteur.

L’avis du Haut conseil de la santé publique était très attendu. Allions-nous oui ou non vers une obligation de porter des masques FFP2, dits en bec de canard, soit dans les lieux clos, soit partout?

La réponse est non, car le Haut conseil n’est pas favorable à la généralisation, ni même à son extension à certaines professions, en dehors des soignants à risques qui les portent déjà. Le problème, c’est que le ministre de la Santé a révélé cette décision avant même qu’elle soit publiée. Si bien que l’on ne connaît pas ce mardi matin les motivations des autorités sanitaires. On a la décision, pas les explications. On devrait les avoir dans la journée.

Ces masques sont pourtant bien plus protecteurs. Ils sont plus efficaces, plus ajustés, ils ne baillent pas sur les côtés. Ils sont plus filtrants, contre les particules fines. Et ils protègent dans les deux sens, celui qui le porte et son entourage.

Imaginons deux personnes, dont une positive, qui passent une heure ensemble dans une pièce fermée. Si elles portent correctement l’une et l’autre un masque FFP2, le risque de contamination est estimé à 0,4%. Si elle porte l‘une et l’autre des masques chirurgicaux, ou bien des masques en tissu, le risque est de 30%. Il n’y a pas photo, le masque “bec de canard” protège 75 fois plus.

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Certains le réclament

Il est aussi plus cher. Entre 50 et 60 centimes pièce en moyenne. Avec de gros écarts. Plusieurs grandes chaînes de supermarchés proposent des promotions et vendent à prix coûtant. Soit 23 ou 24 centimes le masque. Mais en pharmacie, cela peut aller jusqu'à un euro pièce. Ils sont efficaces pendant 8 heures théoriquement, contre quatre heures seulement pour les masques normaux.

La doctrine dit qu’ils ne sont pas lavables et réutilisables. À l'hôpital, ils sont systématiquement jetés. Mais la revue "Que choisir” a fait des tests qui concluent que les masques FFP2 restent tout à fait efficaces après une dizaine de lavages à 60 degrés, associés à un séchage en machine.

Sans attendre l’avis du Haut conseil de la santé, beaucoup ont commencé à porter ces masques. On le voit autour de nous, dans la rue ou dans les transports en commun, il y en a de plus en plus. Philippe Juvin, le chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou et ancien candidat à la primaire des Républicains, préconise le port de ces masques dans les bus et les métros. Ce qui semble assez logique.

Mais le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique, estime qu’ils sont difficiles à porter toute la journée. Dans son propre labo, il interdit que ses collaborateurs travaillent avec ces masques plus de trois heures de suite.

La ville de Limoges vient de décider de distribuer des FFP2 aux personnels des écoles primaires et maternelles et aux personnels des crèches et des centres de loisirs. Jean Luc Mélenchon demande des distributions gratuites pour tous, en commençant par les enseignants.

Et chez nos voisins, qu’en dit-on ?

Les Autrichiens, la semaine dernière, ont décidé de généraliser l’obligation du port de FFP2, partout. Les Italiens l’imposent depuis peu dans tous les transports, trains, avions, bus. Mais aussi dans les musées, les théâtres, les stades. En Allemagne, le FFP2 est recommandé dans les transports et dans les commerces, et il est obligatoire dans plusieurs "länder", comme la Bavière ou la Basse Saxe, et à partir de mercredi à Berlin. Mais les Allemands sont habitués parce que l'hiver dernier, déjà, les FFP2 avaient déjà été rendus obligatoires par plusieurs régions, puis les règles avaient été assouplies. C’est donc en ce moment le retour de ces masques plus protecteurs.

Enfin, en Grèce, dans les transports en commun, les gens ont le choix. Soit porter un FFP2, soit porter deux masques normaux. Et cela n’a rien d’absurde. Des études américaines du CDC montrent que deux masques, l’un sur l’autre, par exemple un masque chirurgical plus un masque en tissu, protègent deux fois mieux.

Il n’y a pas si longtemps, on nous disait que c’était absolument ridicule de porter deux masques. Cela prouve que la doctrine évolue, que les vérités d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui, ni de demain.

Nicolas Poincaré