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Pangolin, chauve-souris, serpent: ce que l'on sait des animaux à l'origine du coronavirus

Les enquêtes se poursuivent sur l'origine de l'épidémie de coronavirus. Une transmission par des animaux est quasiment certaine. Les chauves-souris et les pangolins sont les principaux suspects, avec la complicité des serpents et des fourmis.

Ce sont des enquêtes policières qui sont menées pour retrouver les coupables. Le lieu du crime a été identifié. C’est le marché aux animaux sauvages de Wuhan, en Chine, la ville qui est à l'origine de la pandémie. Sur ce marché, on trouve dans des paniers d’osier, des serpents vivants, des chauves-souris mortes, les civettes, une sorte de chats sauvages et des pangolins, sorte de gros lézards recouverts d'écailles.

Tous sont naturellement porteurs de coronavirus. Mais les études les plus récentes ont montré que notre coronavirus était semblable à 96% à celui des chauves-souris et à 99% au virus des pangolins.

Le marché de Wuhan a depuis été totalement désinfecté et au passage on a détruit les possibles preuves qui auraient désigné les coupables. On n’aura donc sans doute jamais de certitudes mais on tient de sérieux suspects.

Le scénario du docteur Sicard

Le scénario le plus vraisemblable est très bien décrit par le professeur Didier Sicard, spécialiste de médecine interne, ancien président du comité national d'éthique mais aussi spécialiste du Laos, petit pays au sud de la Chine. Dans une passionnante interview à France Culture, il imagine le scénario.

Dans les grottes de la forêt primaire à la frontière de la Chine et du Laos, les chauves-souris peuvent abriter jusqu'à 30 souches différentes de coronavirus. Lorsque ces chauves-souris meurent, elles s’écrasent au sol et leur cadavre est mangé par les vipères et par les fourmis.

Les fourmis sont à leur tour dévorées par les pangolins. Parallèlement, la nuit, les chauves-souris vont se nourrir de fruits sur lesquels elles urinent et ces fruits sont mangés par d’autres animaux, dont des civettes.

A l’arrivée, au marché de Wuhan, on trouvait côte à côte, des chauves-souris, des pangolins, des vipères, et des civettes. Les animaux sont manipulés et dépecés, ils sont entourés par des nuages de tiques et de moustiques. Leurs urines se mélangent. Il suffit qu’un vendeur blessé à la main y ait touché puis se soit frotté les yeux. Et voilà comment a pu commencer une pandémie mondiale.

Cela rappelle curieusement le scénario du film Contagion avec Jude Law et Marion Cotillard, un film de Steven Soderbergh de 2011 qui racontait exactement ce qui est en train de se passer. L’origine de l'épidémie c'était une fiente de chauves-souris sur un marché chinois et très vite un virus contaminait la planète entière.

Le professeur Sicard regrette que l’on ne consacre pas plus de moyen a la recherche de l’origine de l'épidémie. Il estime qu’1% des fonds sont consacrés aux origines, 99% à la recherche d’un traitement et d’un vaccin. Pour les chercheurs, il y a plus chance d'obtenir le prix Nobel avec un vaccin qu’avec une découverte sur les chauves-souris.

Des conditions de recherche difficiles

Et puis il décrit les conditions des recherches dans la jungle sino-laotienne. Il faut crapahuter jusqu’aux grottes, tenter d’attraper des chauves-souris et des vipères, ramasser des fourmis. C’est difficile, fatigant et dangereux.

Mais pour le professeur Sicard, ce travail doit être fait pour comprendre ce qui se passe et avoir de des chances de prévenir les prochaines épidémies qui risquent de se multiplier. Didier Sicard insiste enfin sur un point: il faut lutter contre le trafic des animaux sauvages. Il faut le criminaliser, punir les trafiquants comme on punit les trafiquants de cocaïne.

Le trafic de pangolin est particulièrement juteux en Asie et en Afrique. Le gros mammifère est censé soigner les rhumatismes, les troubles de la vue et l'irritabilité. Sa vente en Chine est théoriquement interdite depuis 2003, mais la loi n’est pas respectée.

Des chauves-souris à l'origine du Sras

Les chauves-souris étaient déjà à l’origine de l’épidémie de Sras en 2003 et du virus Ebola en 2013. Des chercheurs chinois ont retrouvé il y a deux ans la grotte à l’origine du Sras. Les chauves-souris qui s’y trouvaient étaient porteuses du virus qui a fait 800 morts dans le monde.

Pour Ebola, on a retrouvé en Guinée l’arbre dans lequel se trouvaient les chauves-souris mangeuses d’insectes. Des chercheurs allemands ont démontré que le patient zéro de cette terrible épidémie était un enfant de 3 ans qui était monté jouer dans cette arbre.

Pratiquement toute les épidémies sont d’origine animale. La grippe H1N1 de 2009 vient probablement d’un porc au Mexique, même s'il n'y a pas de certitude. Quant au sida, la plus terrible épidémie de ces dernières années, il vient pour sa souche principale de chimpanzés du sud-ouest du Cameroun. Le virus a été transmis à l’homme dans les années 1920, probablement au cours d’une chasse au singe. Puis il est resté discret pendant 50 ans, avant d’exploser à la fin des années 70. A partir de Kinshasa la capitale du Zaïre, le sida responsable de 36 millions de morts.

Nicolas Poincaré