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Peut-on (vraiment) éviter une fermeture des écoles face à la hausse des cas de Covid-19?

Selon les derniers chiffres, le nombre d'élèves contaminés par le coronavirus a augmenté en une semaine, passant de plus de 15.000 à plus de 21.000, a annoncé vendredi le ministère de l'Education nationale. Comment lutter?

Malgré toujours plus de cas de Covid-19 dans les écoles, des voix qui s'élèvent pour réclamer leur fermeture, le gouvernement maintient qu'elle n'interviendra qu'en dernier recours. Un nouveau durcissement du protocole sanitaire est attendu, mais les marges de manoeuvre semblent très réduites.

Olivier Véran a ainsi précisé que le protocole sanitaire allait être renforcer... mais que faire de plus? 

Le ministère de l'Education nationale réfléchit à instaurer des demi-jauges dans les collèges, comme c'est déjà le cas dans les lycées des départements confinés, c'est-à-dire que les élèves sont répartis en demi-groupe et viennent en classe soit une semaine sur deux, soit un jour sur deux, soit le matin ou l'après-midi. Les 3 options sont possibles. Les restes des cours se feraient alors en distanciel. 

Autre piste envisagée: la fermeture des cantines scolaires, lieux à risques puisque les élèves y tombent le masque pour manger. Mais le ministère étudie aussi des alternatives plus souples, comme la distribution de paniers-repas ou l'organisation des repas en extérieur. 

La stratégie du gouvernement est en tout cas maintenir autant que possible les écoles ouvertes. C'est la leçon du premier confinement: l'enseignement "100% à distance" avait mal fonctionné puisque 600.000 enfants s'étaient retrouvés sans solution éducative, selon un rapport de la cour des comptes publié il y a une semaine. 

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Toujours plus de contaminations à l'école

Le nombre d'élèves contaminés par le coronavirus a encore augmenté en une semaine, passant de plus de 15.000 à plus de 21.000 (soit un taux de 0,17% contre 0,13% il y a une semaine). Le nombre de personnels contaminés est également en hausse, passant de 1.809 à 2.515, soit un taux de 0,22%.

Sur l'ensemble du territoire, 3.256 classes (contre 2.018 il y a une semaine) sont fermées sur 528.400, et 148 structures scolaires (contre 80) le sont sur 61.500, dont 116 écoles, 22 collèges et 10 lycées.

Sur le front des tests salivaires dans les écoles, sur 320.285 tests proposés, 200.404 ont été réalisés et se sont révélés positifs à 0,49%. Un taux que le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer jugeait "contenu" il y a quelques jours.

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Des situations très compliquées par endroits

"La situation est tendue, surtout en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France car il y a de moins en moins d'adultes pour pouvoir accueillir tous les élèves", explique Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire). Selon elle, "on est dans un mode dégradé dans de nombreux endroits" et "les écoles vont finir par fermer d'elles-mêmes car il n'y aura plus du tout assez d'enseignants pour assurer leur bon fonctionnement".

Les sections parisiennes et franciliennes du syndicat menacent d'appeler les personnels à la grève comme "ultime moyen de protéger leur santé, celle des élèves et des familles".

En Seine-Saint-Denis, des enseignants ont exercé leur droit de retrait dans une poignée d'établissements comme au collège Politzer de La Courneuve ou au lycée Eugène-Delacroix à Drancy, où les personnels font état d'une "situation sanitaire alarmante".

Fermer les écoles, allonger les vacances?

Des voix s'élèvent chez des scientifiques et politiques pour privilégier l'option d'une fermeture, face à la hausse des cas. Le député MoDem Jean-Louis Bourlanges, allié de la majorité, a jugé vendredi qu'on n'y "échappera pas". Pour le président (LR) de l'Association des maires de France François Baroin, la question d'une fermeture, "pas taboue", doit aussi "être posée". De son côté, la présidente de l'Ile-de-France Valérie Pécresse a proposé d'"avancer" les vacances d'avril de deux semaines.

"Soit on est capable de mettre les moyens, en utilisant par exemple les équipements municipaux disponibles pour dédoubler les classes, soit on ferme quinze jours avant les vacances", a avancé vendredi Philippe Goujon, le maire LR du XVe à Paris, lors d'un déplacement avec le recteur.

Confinement dès un cas dans les 19 départements en restrictions renforcées

Le gouvernement se refuse toujours à une fermeture. Le ministre de la Santé Olivier Véran l'a redit jeudi soir: "Nous ne fermerions qu'en dernière nécessité". "Avec Jean-Michel Blanquer nous travaillons à des protocoles sanitaires renforcés".

Le ministre de l'Education, a finalement annoncé vendredi que dans les 19 départements concernés par le reconfinement régional, un seul cas de Covid dans une classe entraînerait désormais sa fermeture, contre trois cas auparavant. 

"Cela va nécessairement signifier plus de fermetures de classes dans les prochains jours pour ceux qui sont concernés", a-t-il admis, précisant que cela concernerait "tous les niveaux scolaires", de la maternelle au lycée.

Victor Joanin avec la rédaction de RMC (et AFP)