RMC

Quelles sont les régions "mauvaises élèves" du confinement (selon Google)?

Chaque matin, RMC fait le point sur les nouveautés high-tech.

Et si nos smartphones étaient l’une des clés pour combattre l’épidémie? L’analyse des mouvements de personnes en utilisant le traçage des téléphones pourrait permettre de mieux suivre et de mieux prédire l’évolution de la maladie. Et de préparer l’après-confinement. 

Plein d’expérimentations ont eu lieu ces derniers jours: les opérateurs téléphoniques, comme Orange et SFR ont commencé à partager nos données de géolocalisation avec des instituts de recherche, l’un avec l’Inserm, l’autre avec l’AP-HP et l’Inria. Il faut bien noter que sont des données sont agrégées et anonymisées: ce n’est pas du traçage individuel dans le sens "Monsieur Dupont est allé faire un footing dimanche et il a dépassé la limite de 150 mètres".

Grâce à la géolocalisation des smartphones en masse, on est capable d’analyser précisément des flux de personnes sur l’ensemble du territoire, ce sont des points qui bougent sur des cartes.

Ainsi, Orange a pu constater que 17% des Franciliens ont quitté la région parisienne la veille et le jour du confinement et que l’île de Ré a vu sa population croître de 30% dans le même temps. L’idée finale étant, en couplant ça avec des données médicales, de modéliser l’évolution du virus à travers le territoire, de le suivre à la trace, de voir comment les gens se comportent pendant le confinement et ainsi de prévoir les afflux de patients dans un hôpital ou dans un autre, afin potentiellement de réaffecter les personnels hospitaliers là où on va avoir le plus besoin d’eux.

Et puis ces données vont permettre de préparer les scenarii de déconfinement. 

Les "bons" et les 'moins bons" élèves

Ces données permettent aussi de savoir quelles régions de France sont les bons et les mauvais élèves du confinement... avec quelques surprises. C’est Google qui a mis en ligne ce week-end l’ensemble de nos données de déplacement, recueillies grâce à Google Maps, appli installée sur tous les smartphones, se basant sur la baisse de fréquentation des commerces, des parcs... Là encore ce sont des données anonymisées, mais les enseignements sont très intéressants.

En France, on voit par exemple que les mouvements de population dans les parcs ou sur les plages ont baissé de 82% depuis le début du confinement, contre 90% en Italie, meilleurs élèves que nous... Et seulement 19% aux Etats-Unis, où les consignes sont plus en moins appliquées en fonction des états.

Et quid de nos régions? Les mauvais élèves ne sont pas forcément les Parisiens, comme on le dit beaucoup. En Ile-de-France, on est à -89% de fréquentation dans les parcs ou les jardins publics, le "meilleur résultat" de confinement devant la région PACA, les Bretons et les Hauts-de-France.

A l'inverse, les mauvais élèves se concentrent notamment en Occitanie (-72%) ou en Corse (-74%). 

Ces statistiques permettent également de définir les régions qui sont le plus passées au télétravail: l'Ile-de-France et le Grand Est sont les régions où les déplacements "foyer-travail" ont le plus baissé ces dernières semaines. 

Coronavirus : Google Maps publie les données de 131 pays pour montrer les effets du confinement
Coronavirus : Google Maps publie les données de 131 pays pour montrer les effets du confinement © Google

Vers une traçage individualisé?

Face à toutes ces données, est-ce que cela pourrait aller plus loin, avec des applications qui pourraient tracer chaque individu pour voir s’il respecte le confinement, comme ça se fait dans plein de pays?

Probablement pas, ce n’est pas dans notre culture. Edouard Philippe l’a dit: il n’y a pas d’instrument légal qui pourrait rendre obligatoire le traçage des Français à partir de leur smartphone - même si techniquement c’est possible.

Donc pas de scénario à la "chinoise", à la "taïwanaise" ou à la "polonaise" - où il faut envoyer des selfies géolocalisés pour prouver qu’on est bien à la maison. En revanche, on peut imaginer une application de suivi des personnes qui fonctionnerait sur la base du volontariat

Apparemment le gouvernement regarderait notamment ce qui se fait du côté de Singapour. Là-bas, une application baptisée TraceTogether, qu’on vous demande de télécharger, sans l’exiger, utilise le bluetooth du téléphone pour détecter si vous avez croisé le chemin d’une personne testée positive au coronavirus.

Si c’est le cas, vous recevez un message et vous êtes invité vous-même à aller vous faire tester. Ca a permis à Singapour d’avoir très peu de malades sans recourir au confinement. A noter tout de même que cela fonctionne dans les pays qui ont suffisamment de tests, ce qui n’est pas le cas chez nous...

Anthony Morel