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Résistance aux antibiotiques: ces solutions innovantes pour se soigner efficacement

Face à la résistance aux antibiotiques, il y a une urgence à trouver des solutions innovantes. Anthony Morel nous les présente ce lundi.

Avec leur surconsommation, les antibiotiques deviennent de moins en moins efficaces. C’est ce qu’on appelle l’antibiorésistance. Et c’est l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur nous. Cela pourrait tuer plus que le cancer à l’horizon 2050. La solution passera forcément par l’innovation. Il y a quelques pistes, comme les "eligobiotiques". Une nouvelle génération de médicaments intelligents, capables de cibler beaucoup plus précisément les bactéries. Le gros problème des antibiotiques, c’est qu’ils fonctionnent comme des armes de destruction massive: pour vous débarrasser d’une maladie, ils bombardent indistinctement toute la flore bactérienne, qu’elles soient mauvaises ou qu’elles soient bonnes. Or on a besoin des bactéries, pour digérer par exemple ou pour se protéger contre certaines maladies. C’est plus ou moins efficace mais la conséquence, c’est qu’au fil du temps, ces bactéries deviennent de plus en plus résistantes.

On est donc en train de mettre au point des antibiotiques à tête chercheuse si l’on peut dire, capables de cibler et d’éliminer précisément les "mauvaises" bactéries -celles qui sont responsables de la maladie- et les bactéries qui présentent un gène de résistance, tout en épargnant les bonnes et en laissant la flore microbienne, essentielle à notre bien-être, intacte. En clair, ces antibiotiques ne sont plus des armes de destruction massive mais des snipers. Pour ça, on utilise la technologie CRISPR, les ciseaux génétiques, qui vont venir découper ces mauvaises bactéries. C’est le travail d’un biologiste français, distingué par le prestigieux MIT comme l’un des jeunes chercheurs les plus prometteurs au monde. Ils ont obtenu de bons résultats sur les souris. On va voir ce que ça donne sur l’homme.

Une technique inventée il y a plus de 100 ans

Et les pistes de recherche ne s’arrêtent pas là. Pour détruire les bactéries résistantes, on pourrait utiliser... des virus. Des virus tueurs de bactéries (mais inoffensifs pour l’homme), qu’on appelle les phages. C’est ce qu’on appelle la phagothérapie. On va injecter ces virus qu’on trouve notamment dans les eaux usées ou dans le sol et qui sont en fait les prédateurs naturels de ces bactéries. Quand elle la rencontre, elle injecte son ADN et elle la détruit. Cette technique n’est pas nouvelle, elle a été découverte il y a plus de 100 ans par un Français, et utilisée jusqu’aux années 1920 et l’arrivée des antibiotiques.

Mais elle regagne de l’intérêt vu les problèmes actuels d’antibiorésistance. Ce sont des traitements hyper personnalisés. Il faut trouver le phage actif sur la bactérie qui infecte le patient, le produire et le purifier, l’injecter en intraveineuse... C’est beaucoup plus compliqué qu’une gélule à avaler. En France, les chercheurs de l’Inserm, sont en pointe sur le sujet. C’est utilisé dans le cadre d’essais cliniques et dans des cas très rares où tous les autres traitements ont échoué. Certains patients vont se faire traiter en Géorgie, où ces outils sont légaux.

L’intelligence artificielle peut aider

L’autre enjeu, c’est de continuer à développer des antibiotiques toujours plus efficaces. Et un outil très intéressant pour ça, c’est l’intelligence artificielle. En 2020, un nouvel antibiotique très prometteur a été découvert grâce à une intelligence artificielle, une première ! Il est baptisé Halicine (de Hal, l’ordinateur dans 2001 l’Odyssée de l’espace). Ce sont des chercheurs du MIT qui ont nourri un algorithme avec toutes les caractéristiques biologiques de milliers de molécules antibiotiques, pour qu’il soit capable de comprendre ce qu’est un antibiotique. Et ensuite, on lui a fait analyser 6.000 médicaments en cours d’étude.

Et c’est cet algorithme qui s’est rendu compte qu’un de ces médicaments, censé lutter contre le diabète, avait aussi des propriétés antibiotiques, qu’il détruisait certaines bactéries résistantes, notamment l’agent de la tuberculose. Le gros avantage de l’intelligence artificielle, c’est qu’elle peut tester en un temps record, en simulation, des tonnes de combinaisons de molécules face à des tonnes de paramètres. Beaucoup plus rapidement que des chercheurs humains "manuellement". Elle pourrait permettre de réduire drastiquement le temps de conception des médicaments. Et aussi évidemment, leur coût.

Anthony Morel