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Santé: "Avec les mesures que préconisent François Fillon, les gens ne se soigneront plus"

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- - Philippe Huguen - AFP

François Fillon promet de réduire les dépenses de santé de 20 milliards en 5 ans. Pour ce faire, il prévoit notamment de réserver les remboursements des soins aux affections les plus graves ou de longue durée, au détriment des soins courants (rhumes, angines…) qui ne seront plus remboursés que par les complémentaires santé. Les plus modestes ne seraient toutefois pas concernés. Un médecin généraliste réagit pour RMC.fr à cette mesure radicale.

Le Dr Christian Kehmann est médecin généraliste à Poissy (Yvelines), auteur de Patients, si vous saviez (éditions du Seuil).

"Ce programme, François Fillon le porte depuis des années. En 2006-2007 lorsqu'on s'est battu contre la franchise sur les soins voulue par le président Sarkozy, il faut savoir que le projet initial était celui que porte Fillon aujourd'hui : celui d'une franchise universelle sèche de 200 à 300 euros sur les frais de santé. C’est-à-dire que les 200 à 300 premiers euros dépensés par le patient le sont de sa poche et vous n'êtes remboursés que pour les sommes dépensées au-delà.

Il y a cette proposition sur ce qu'il appelle les petits soins, qui ne sont pas des affections graves ou de longue durée, et dont le remboursement serait confié aux complémentaires (mutuelles privées). Le problème, c'est que le périmètre des affections longue durée a diminué au fil des années. Par exemple l'hypertension artérielle sévère en faisait partie mais comme ça coûtait trop cher, on l'a enlevé. Rien ne dit que demain, dans la même logique, on enlèvera pas le diabète, et que le traitement ne sera pas remboursé par l'assurance maladie tant qu'il n'y a pas de complications, c'est à dire tant que vous n'avez pas de troubles de la vision ou d'amputation.

La définition de ce qu'est le panier 'soin quotidien', personne ne l'a fait, car c'est très difficile à faire. La bronchite, c'est un petit soin ou c'est une pathologie qui peut devenir sévère? Une pneumonie, une colique néphrétique, c'est quoi? Une entorse c'est quoi? Personne ne sait.

"C'est sûr que si les gens ne se soignent pas on va régler le problème des retraites"

On part du principe que ça coûte cher, et qu'il suffit de passer une partie de ce poids aux complémentaires. Ça ne coutera pas moins cher à l'assuré, puisqu'il paiera plus cher sa complémentaire, mais ça permettra au gouvernement de faire semblant d'apurer les comptes.

C'est la continuation de ce qu'on a vécu auparavant. On a considéré que la santé ça coutait trop cher donc on a serré la bride au médecin et on a limité leur nombre via le numerus clausus. Sauf qu'aujourd'hui les politiques se rendent compte d'un seul coup qu'on est en pleine désertification médicale et que les gens n'ont plus accès au soin. Alors, après avoir réduit le nombre de médecins on va diminuer le périmètre de ce qui est pris en charge. C'est sûr que si les gens ne se soignent pas ça va régler rapidement le problème des retraites.

"Les gens ne vont pas chez le médecin juste pour un rhume"

Si les gens arrêteront d'aller chez le médecin pour des petites pathologies bénines ? C'est sûr que quand on est jeune et en bonne santé, le problème c'est toujours les autres. Ce sont toujours les autres qui se précipitent chez le médecin. Mais imaginer que les gens viennent chez le médecin pour un rhume alors qu'il y a un délai d'attente de plus en plus grand et que c'est plus de plus en plus difficile d'avoir accès à un médecin, c'est une vision qui nous a amené là où nous sommes. On a déjà pensé que si on réduisait le nombre de médecins ça diminuerait les dépenses, là on croit que si on rembourse moins les gens seront moins malades, et bien non, ils ne se soigneront plus. Je rappelle que les gens aujourd'hui paient déjà pour leur assurance santé, ils paient 20% de leur salaire pour la sécurité sociale".

Propos recueillis par Philippe Gril