RMC

Polémique autour de la croix de Valérie Boyer: "C'est la revanche de la droite catholique", juge Caroline Fourest

Valérie Boyer arbore une croix arménienne, dimanche soir sur le plateau de France 2.

Valérie Boyer arbore une croix arménienne, dimanche soir sur le plateau de France 2. - Capture France 2

La croix affichée par Valérie Boyer, députée Les Républicains et porte-parole de François Fillon, dimanche sur France 2 au soir de la victoire de l'ancien Premier ministre à la primaire de la droite et du centre, est un "clin d'œil" malvenu à l'électorat catholique qui a soutenu l'ancien Premier ministre, selon Caroline Fourest, auteure du Génie de la laïcité (Grasset éditions). Elle rappelle sur RMC.fr que les élus n'ont pas à s'affranchir de la laïcité en cette période de tension religieuses.

"C'est la première fois que je vois Valérie Boyer avec cette croix aussi clairement affichée sur son pull. On avait même du mal à se concentrer sur ses propos tellement cette croix était visible. C'était quand même un clin d'œil appuyée, un soir de victoire électorale, à son électorat. Quand on a fait campagne en envisageant quasiment d'interdire les signes religieux dans l'espace publique - et plus particulièrement les signes musulmans -, on devrait être plus responsables et ne pas afficher soi-même ses convictions confessionnelles de façon aussi ostensibles. C'est une question de responsabilité dans la période actuelle.

Quand on mélange le politique et le religieux ça ne finit jamais bien, et quand on demande à juste titre à un certain nombre de nos concitoyens de faire attention de ne pas mélanger le religieux et le politique, la moindre des choses serait que les politiques montrent l'exemple.

"Si des élus s'affranchissent de la laïcité, on ne va pas s'en sortir"

Ceux qui pensent qu'afficher cette croix - parce que c'est un signe qui vous fait moins peur parce qu'il appartient à la religion que vous préférez -, n'est pas grave en soi, ne mesurent pas qu'un accommodement est toujours le début d'autres accommodements.

On ne peut pas en tant qu'élu dire d'un côté: 'nous devons être exemplaire et ne pas mélanger le politique et le religieux', et afficher un soir de victoire électoral un signe religieux pour adresser un clin d'œil à un électorat chrétien.

Dans une époque où on a besoin de convaincre nos compatriotes musulmans que la laïcité est valable pour tout le monde et qu'il faut la respecter, si certains élus s'en affranchissent quand ça les arrange, on ne va pas s'en sortir et on ne pourra pas arrêter cette tentation de tout mélanger.

"Une génération formée par l'opposition au mariage pour tous"

Après une campagne souvent passée à mélanger les valeurs françaises et les valeurs uniquement catholiques, avec l'aide de Sens commun, et où on a passé des semaines à se demander si l'avortement n'était pas finalement un débat, c'est un signe de plus qu'on a affaire à la victoire d'une droite plus catholique. La droite chiraquienne, un peu radicale-socialiste et très attachée à la laïcité, a clairement perdu cette élection. Lui succède une droite qui n'a pas de complexe à défendre Vladimir Poutine et les valeurs catholiques. C'est un fait politique majeur pour notre pays !

C'est la nouvelle génération montante de la droite qui a gagné hier soir. Derrière François Fillon, il y a une génération formée par l'opposition au mariage pour tous, par le désir de discriminer les homosexuels et qui pensent que l'avortement est un crime. Ce n'est pas une droite laïque, puisqu'il y a défense de la laïcité uniquement quand il s'agit de l'islam. Il y a une revanche de la droite catholique qui est en train de s'esquisser, et c'est un phénomène mondial".

Propos recueillis par Philippe Gril