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Scandale du chlordécone: les Antillais demandent des sanctions contre l'Etat

En Guadeloupe et en Martinique, ils sont nombreux à militer pour que des sanctions soient prises contre l'Etat dans le scandale du chlordécone, un pesticide très dangereux, utilisé massivement pendant près de 20 ans aux Antilles.

Il y en a dans les sols, dans les eaux, et dans le sang des Antillais. Le chlordécone est partout, et pour longtemps. Cet insecticide pourrait continuer à contaminer les Antilles pendant 700 ans. Sophia Sabine a 59 ans, elle travaille au CHU de Martinique en tant que kiné. Et le chlordécone, c'est le poison de sa génération.

"Tous les habitants de cette génération, on a vécu avec, sans le savoir en plus. Il y a 92% de la population en Martinique et 95% en Guadeloupe qui est contaminée. Il y a eu beaucoup de décès, c'est très grave", raconte-t-elle à RMC.

Aujourd'hui, les Antillais demandent que des responsables soient reconnus. Car tout ça aurait pu être évité. Le chlordécone a été utilisé aux Antilles entre 1972 et 1993 alors qu'il était interdit presque partout ailleurs.

"Ce chlordécone est devenu presque un élément incontournable de notre identité"

Les Etats-Unis, par exemple, l'ont banni dès 1972 car trop polluant, trop dangereux pour la santé. Résultat, aujourd'hui, plus de 90 % des Antillais présentent des traces de ce perturbateur endocrinien. Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité des autorités dans ce scandale. Et pourtant, la justice s'oriente vers un non-lieu à cause des délais de prescription.

"Le chlordécone a contaminé les sols, les eaux, les végétaux qu'on consomme, y compris la nourriture aquatique. Ce chlordécone est devenu presque un élément incontournable de notre identité. Et malgré tout, quand on essaie de trouver des responsables, on se retrouve face à une machine judiciaire qui nous dit que la loi ne prévoit pas d'intervenir après tel ou tel délai. On risque de ne pas avoir de coupables et même de ne pas être reconnu comme victimes", explique le docteur Jean-Marie Flower, vice-président d'une association qui milite pour la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat dans ce scandale.

Une procédure devant le tribunal administratif

Il n'y aura donc a priori pas de procès du chlordécone au pénal, même si les associations veulent faire changer la loi en matière de prescription dans les affaires de pollution. Mais pour l'instant, les juges ont annoncé leur intention de clore le dossier. Cependant, une autre procédure est en cours au tribunal administratif de Paris, menée par Maître Lèguevaques qui a plaidé ce mardi matin, demandant 15.000 euros pour chacun de ses 1.200 clients, au nom du préjudice moral d'anxiété. Et surtout, la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat.

"Le rôle de l'Etat, c'est de protéger les populations. Là, clairement il n'a pas joué son rôle parce qu'il a préféré les intérêts pécuniers de certains, au détriment de la santé de tous. On veut que le tribunal se prononce au nom du peuple français et reconnaisse la responsabilité de l'Etat comme l'ont déjà fait le président de la République ou certains ministres en visite sur place. Cependant, entre les déclarations de certaines bonnes intentions et la réalité des actions concrètes, il y a un fossé. Une telle décision pourrait permettre de faire comprendre à l'Etat que ses erreurs et ses fautes ont un prix et qu'à l'avenir, il devrait ne pas recommencer", explique l'avocat.

Dans le scandale du chloredécone, le tribunal administratif de Paris devrait rendre sa décision d'ici un à deux mois. 

Marie Dupin et Anne-Lyvia Tollinchi