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Temps de travail des internes : "On a des semaines qui peuvent monter jusqu'à 85 heures"

Des personnes âgées attendent au service des urgences de l'hôpital Purpan à Toulouse (image d'illustration)

Des personnes âgées attendent au service des urgences de l'hôpital Purpan à Toulouse (image d'illustration) - Pascal Pavani-AFP

Les internes des hôpitaux continuent d'enchaîner des gardes et semaines de plus de 60 heures, malgré la réglementation qui a fixé l'année dernière leur temps de travail hebdomadaire à 48 heures. Témoignage.

Des semaines de travail de plus de 60 heures, pas de respect du repos compensateur: la situation est toujours aussi difficile pour les internes des hôpitaux. Un an après son entrée en vigueur, la réforme de leur réduction du temps de travail peine à s'appliquer. Le suicide, en février dernier, de Maxime, un interne âgé de 27 ans, formé à Marseille, a suscité l'émoi dans la communauté médicale et pose, à nouveau, la question des conditions de travail de ces jeunes médecins en devenir.

Stefan Neraal est le président du Syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale. Pour lui, la situation n'a pas beaucoup évolué depuis l'adoption de la réforme il y a un an, explique-t-il sur RMC.

"On a fait un sondage à l'échelle des internes de médecine générale d'Ile-de-France. Dans un quart des cas, on a des semaines qui peuvent monter parfois jusqu'à 85 heures, avec ces weekends non rattrapés. Globalement, on a des services où c'est clairement de la mauvaise volonté avec des médecins seniors qui restent dans leurs bureaux et laissent l'interne faire tout le travail. Et il y a aussi des services où ils ne peuvent vraiment pas faire autrement. Il faudrait qu'il y ait beaucoup plus d'effectifs médicaux."

"J'ai peur qu'on prenne moins en charge les patients"

Dans la plupart des services, la situation n'a pas beaucoup évolué depuis un an. Exemple avec Fanny, interne dans un petit hôpital du sud-ouest de la France. Pour elle, les 48 heures de travail hebdomadaire, c'est un doux rêve. Sa semaine, c'est minimum 60 heures et cinq jours et demi travaillés. La réforme n'a rien changé à son quotidien.

"Les membres de la hiérarchie n'en ont pas conscience et ferment les yeux là-dessus parce que ça les arrange bien d'avoir de la petite main pour faire le travail, témoigne-t-elle pour RMC. Ils n'ont pas eu ça, eux, dans leur jeunesse et ne voient pas pourquoi ils l'appliqueraient aux internes. Ils pensent qu'étant donné qu'on est en formation, on se doit d'être là. On est tous un petit peu épuisé. J'ai peur qu'avec le temps, on soit un peu désabusé et qu'on prenne moins en charge les patients, leurs demandes, leurs angoisses, leurs peurs. On est moins à l'écoute, probablement."

"L'objectif est partagé par tout le monde"

Et pourtant selon Cédric Arcos, de la Fédération des hôpitaux de France, il y a une vraie volonté de faire appliquer la loi, même s'il admet que c'est parfois compliqué.

"C'est effectivement, dans certains établissements, complexe à mettre en œuvre parce que ça renvoie à une évolution assez importante de nos organisations internes qui nécessite un petit peu de temps, analyse-t-il pour RMC. On ne fait pas évoluer une organisation comme celle d'un hôpital d'un claquement de doigt, même si l'objectif est partagé par tout le monde."

Selon le sondage mené par le syndicat d'internes, seul un quart des services respecterait aujourd'hui les 48 heures de travail hebdomadaire.

C.H.A. avec Marie Dupin