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"Une catastrophe": privés temporairement d'urgences, situation chaotique à Oloron-Sainte-Marie

Alors qu'il tournait au ralenti depuis des semaines, le service d'urgences de l'hôpital d'Oloron-Sainte-Marie a fermé faute de personnel soignant la semaine dernière. Il pourra finalement rouvrir dès mercredi grâce à la mobilisation de contractuels remplaçants. Mais cette solution n'est que temporaire.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, 55.000 personnes sont actuellement privées de services d’urgence. Les soignants de l'hôpital d'Oloron-Sainte-Marie, qui avaient déjà perdu leur maternité, leur service de réanimation et de cardiologie, ont appris la fermeture temporaire des urgences la semaine dernière. Une fermeture jusqu'à nouvel ordre pour sans doute plusieurs semaines.

Il faut dire que le service tournait avec seulement 5 médecins au lieu de 11. Et trois d'entre eux ont craqué, ils sont en arrêt maladie. Plus de médecins, et donc 55.000 habitants de la vallée privés d'urgences, obligés d'aller à Pau à 45 minutes de route.

"Pour nous, c’est une catastrophe sanitaire en fait", se désespère une soignante

"C’est quand même fou. Ils prennent des décisions, mais est-ce qu’ils mesurent les conséquences en fait? Si demain il y a des décès, si demain il y a quelqu’un qui tombe comme dans un accident de voie publique, un arrêt cardiaque, un AVC, on a l’hélicoptère, mais ce n’est pas un taxi. Et si en même temps qu’il transporte quelqu’un, on a une autre urgence vitale, il ne pourra pas être partout non plus. Si demain il y a quoi que ce soit, vous imaginez les répercussions psychologiques qu’il peut y avoir de se dire si les urgences avaient été ouvertes, on aurait pu le soigner. Pour nous, c’est une catastrophe sanitaire en fait”, se désespère Angélique Lebrun, aide-soignante à Oloron et secrétaire CGT.

Les services d'urgences craquent, c’est absolument partout en ce moment. Là, on parle d'Oloron-Sainte-Marie, mais ça concerne aussi des grandes villes. Il y aurait actuellement 70 hôpitaux en situation critique, avec des urgences saturées ou carrément fermées. À Orléans notamment, à Aulnay-sous-Bois, Bordeaux, Versailles également. Manque de moyens, conditions de travail dégradées. Pour Angélique Lebrun la direction de l'hôpital, mais aussi le gouvernement doivent prendre leurs responsabilités et trouver des solutions pour Oloron.

"J’ai écrit à monsieur Véran, à monsieur Macron. Ca me révolte de voir qu’on nous laisse comme ça. J’ai des collègues qui me disent qu’elles ne mangent plus, qu’elles ne dorment plus. Que le gouvernement prenne ses responsabilités une bonne fois pour toute. C’est trop facile d’avoir des bonnes paroles et de mettre la santé en tête de ligne de leur campagne électorale et à côté de ça nous laisser crever. Parce que là, c’est ce qui est en train de se passer”, appuie-t-elle.

Une réouverture complète prévue mercredi

Lundi, RMC a pu contacter la direction de l'hôpital. Et le directeur Frédéric Lecenne nous a indiqué que la situation devrait s'améliorer dès mercredi.

“Voyant la fermeture ce week-end des urgences, on a les contractuels remplaçants qui viennent habituellement qui se sont solidarisés et nous ont recontacté pour essayer de combler le planning. Et pour l’instant, et c’est quasi-miraculeux, on va rouvrir mercredi complètement. Jusqu’à la fin du mois de juin, on a encore quelques trous dans le planning, mais on espère aussi les combler au fur et à mesure. Néanmoins, le problème persiste, on fonctionne avec beaucoup de remplaçants donc si des praticiens urgentistes veulent venir travailler dans un environnement très agréable, on est au pied des Pyrénées à une heure de l’océan Atlantique et dans un établissement refait à neuf, on les accueillera avec grand plaisir”, assure-t-il.

Si la situation semble s'améliorer à court terme, il va falloir trouver des titulaires pour pérenniser les urgences. Les personnels soignants vont maintenir la pression avec un rassemblement prévu ce mardi matin devant l'hôpital pour maintenir la pression et alerter aussi sur la situation des urgences au niveau national.

Le ministère de la Santé a également admis "de réelles difficultés" aux urgences au niveau national. "Ça fait partie des gros sujets de travail", nous dit-on. Alors est-ce qu'il y aura des annonces en faveur des urgences ? Pas de réponse sur ce point puisque, comme on nous l'a rappelé, on ne sait même pas qui sera ministre de la Santé.

Marie Dupin et Anne-Lyvia Tollinchi avec Guillaume Descours