RMC

"Partout, des services d'urgences ferment": comment faire revenir les soignants à l'hôpital?

"Les 12 travaux de Macron" - Plusieurs hôpitaux doivent fermer faute de personnel, eux-mêmes soumis à des cadences folles et qui dénoncent le manque de moyens.

Alerte à l'hôpital public. Une grande partie des équipes du service de chirurgie digestive de l’hôpital Beaujon à Clichy va démissionner pour partir dans le privé. À Juvisy-sur-Orge dans l'Essonne, faute de médecin, le Smur a été fermé 24 heures pour la deuxième fois en dix jours. Au CHR d'Orléans, le 28 décembre dernier, près de 76 soignants, presque la moitié, étaient en arrêt maladie pour cause d'épuisement. Partout en France, l'hôpital public semble craquer.

"Oui vraiment", confirme ce jeudi sur RMC Rémi Salomon pédiatre à l’hôpital Necker à Paris et président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP. "On a tiré le signal d'alarme bien avant la pandémie. La situation se dégrade petit à petit depuis des années. Chaque année, le Parlement vote un budget pour l'hôpital, et chaque année c'est insuffisant. Les critères financiers sont essentiellement décidés à Bercy et pas en fonction des besoins", déplore le praticien.

"Partout en France, des services d'urgences ferment, y compris dans des grands hôpitaux, dans des CHU. On ne peut pas faire la liste de garde, on se dit qu'on va peut-être devoir fermer cet été. C'est quelque chose qu'on n'imaginait pas il y a quelques années", alerte Rémi Salomon.

Il déplore des situations invivables pour les soignants avec des infirmières parfois obligées de s'occuper d'une quinzaine de patients la nuit: "Il y a une conséquence pour la qualité des soins. J'ai vu dans certains services d'urgences, des gens sur un brancard deux ou trois jours, avec des soins rudimentaires", ajoute-t-il.

Comment améliorer la situation?

Alors comment améliorer la situation dans les hôpitaux. L'urgence pour Rémi Salomon, c'est d'abord de mieux rémunérer le travail de nuit et du week-end, "une contrainte qui revient souvent". De plus en plus de soignants et de jeunes ne veulent plus travailler à ces moments assure le médecin. "C'est une urgence, il faut le faire très vite", plaide-t-il.

Rémi Salomon appelle également à aider l'hôpital public sur les urgences le soir et la nuit: "L'hôpital ne peut plus tenir seul, il faut réfléchir avec les médecins, les maisons de santé, à des passerelles, en demandant de l'aide à des médecins de villes".

Il faut également régler le problème de démographie médicale estime Rémi Salomon évoquant notamment la faible offre de médecins dans les zones rurales et dans les quartiers difficiles:

"Aux portes de Paris, en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-d'Oise, il n'y a pas assez de médecins, on n'a pas de rendez-vous avant plusieurs mois. On ne l'a pas vu venir, il faut former plus de professionnels et donner plus de moyens pour les conditions de travail et donner l'envie de venir", assure-t-il.

Les propositions de Martin Hirsch au gouvernement

Une mesure partagée par Martin Hirsch, le directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, qui a transmis au gouvernement trois propositions pour réformer en profondeur l'hôpital public. "L'objectif est de construire des structures mixtes, liées à l'hôpital, permettant le salariat ou la rémunération sous forme d'honoraires, mais avec un lien contractuel entre l'hôpital et les médecins exerçant en soins primaires assure-t-il au quotidien Les Échos.

Il souhaite également revoir le mode de rémunération, déplorant "l'uniformité". Martin Hirsch veut instaurer une rémunération en trois parts: "La première part serait un 'plancher' qui pourrait rester fixé nationalement et statutairement. La deuxième part serait en fonction d'un coefficient géographique lié au coût de la vie dans la région. La troisième part serait à la main de l'établissement, en fonction de critères définis collectivement permettant de mieux rémunérer certaines spécialités", assure-t-il.

Enfin, il aimerait veut s'attaquer au statut de praticien hospitalier et propose de mettre fin au système actuel de nomination à vie dans un établissement. Il propose que les médecins hospitaliers soient "nommés dans une région par période de 5 ans renouvelable". Il estime que "la nomination à vie dans un établissement a des effets pervers : la mobilité est très faible". 

Guillaume Dussourt